Clermont dans son jardin

L'ailier fidjien Noa Seru Nakaitaci avait donné un avantage précoce aux Clermontois.

L'ailier fidjien Noa Seru Nakaitaci avait donné un avantage précoce aux Clermontois.

Moins impressionnant que sur la scène européenne, Clermont n'en a pas moins décroché un 49e match consécutif sans défaite à Marcel-Michelin en dominant vendredi Biarritz (19-12) en ouverture de la 9e journée du Top 14. Un BO qui se consolera avec le précieux point du bonus défensif.

Il serait assez tentant de distinguer un Clermont version Coupe d’Europe et un Clermont version Top 14. Ce vendredi, le deuxième modèle était de sortie pour reprendre, loin du rugby champagne et du costume à paillettes de la H Cup, le turbin d’un championnat, où l’ASM enfile le bleu de chauffe pour préserver son invincibilité vertigineuse dans son antre de Marcel-Michelin, portée à l’issue de ce succès (19-12) sur le Biarritz Olympique à 49 succès consécutifs, dont 40 pour le seul Top 14, série en cours. Capables d’infliger des scores fleuve aux quatre coins de l’Europe, Aurélien Rougerie et ses coéquipiers se contentent de l’ordinaire sur la scène nationale, à l’image de ce troisième succès acquis au forceps devant le public clermontois après les victoires sur le fil face au Racing (13-12) et face au Stade Français (28-25).

"On est très content de gagner et de garder cette invincibilité, se félicitait Morgan Parra, interrogé au micro de Canal+ Sport au coup de sifflet, tout en reconnaissant volontiers que "sur cette fin de deuxième mi-temps, c’était assez compliqué. Les conditions étaient difficiles, mais cette équipe de Biarritz nous a posés beaucoup de problèmes, ils étaient venus faire un coup ce soir (vendredi), c’était un tout. Dans les rucks, on était propres, on a d’abord réussi à mettre des enchainements, mais on n’est plus arrivé à poser la main sur le ballon en seconde mi-temps." La faute à des Biarrots accrocheurs qui, sans une première période jouée à l’envers, qui leur coûte le match, et la sévérité d’un arbitre que Laurent Rodriguez, leur manager, se chargera d’habiller pour l’hiver (voir par ailleurs), auraient pu espérer recréer l’exploit près de trois ans après la dernière défaite de l’ASM sur ses terres. Une fois ajustée sa stratégie, ce BO, à l’image de sa seconde période, de très haut niveau, à l’image de ces deux pénalités concédées (8 au total contre 12 aux Clermontois, ndlr), avait sans doute cette victoire dans les jambes. Il se contentera d’un simple bonus. "Quand on voit la qualité de cette équipe, aujourd’hui, on est satisfait de ce point, reconnaissait Damien Traille, sans pouvoir s’empêcher d’"avoir des regrets parce qu’il y avait mieux à faire ici. Mais dans notre situation…"

Clermont aux deux visages

Sous une pluie battante, le BO se trompe lourdement dans le choix des armes dès le coup d’envoi. Un ballon écarté de manière bien imprudente dans les vingt-deux mètres basques profite immédiatement aux Clermontois qui, eux, ne ratent pas leur entame. Les avants déboulent pour approcher la ligne d’essai adverse et permettre à David Skrela d’envoyer sans attendre l’ailier Noa Seru Nakaitaci, bien intercalé à l’essai sous les poteaux (7-0, 1e). Les Biarrots ne pouvaient pas plus mal débuter. Et pourtant, à l’image du jeune Jean-Pascal Barraque, qui s’infiltre dans la défense et provoque la faute pour offrir les premiers points à Benoît Baby, préposé au but (7-3, 16e), les visiteurs ne paniquent pas. La réaction est louable, mais la machine clermontoise, elle, se met déjà en branle. Une domination et une possession  que David Skrela, par deux fois (22e, 24e), se charge de concrétiser (13-3).

Malgré les conditions, l’ASM, sans doute inspirée par ses coups d’éclat européens, envoie du jeu et réduit les Biarrots à la portion congrue. Quelques miettes bien insuffisantes pour espérer développer ne serait-ce qu’une ébauche de jeu. Pour ne rien arranger, la décision sévère de M. Lafon, qui sanctionne Damien Traille d’un carton jaune pour une pichenette sur Benoît Cabello, prive les visiteurs de leur capitaine pour dix minutes (29e). Le scénario catastrophe semble devoir se confirmer. Si ce n’est ce secteur de la mêlée fermée, où la première ligne Debaty-Cabello-Kotze est à la peine sur ses 22 mètres. Et abandonne trois points à Barraque qui s’y colle (13-6, 35e). Contre toute attente, Biarritz, malgré une dernière escarmouche, qui implique encore Cabello, mais offre trois points de plus à la botte de Skrela, reste au contact (16-6, 40e).

Traille de retour pour donner le coup d’envoi, le BO peut, malgré le rapport de force défavorable, continuer à espérer. Même si un écran illicite vaut à Skrela de creuser l’écart (19-6, 45e), avant de céder sa place, touché au coude. Une contrariété à laquelle s’ajoute le carton jaune, cette fois mérité, qui sanctionne le tampon d’Elvis Vermeulen sur un Takudza Ngwenya encore en suspension sur cette chandelle (53e). Barraque a cédé sa place sur un échec, mais Julien Peyrelongue, entré en jeu, rapproche Biarritz à dix longueurs (19-9, 54e). A quinze contre quatorze, l’équipe de Serge Blanco se dit qu’elle peut arracher un petit quelque chose… Cotter sent le danger et lance Morgan Parra dans la bataille. Le pack biarrot appuie l’effort que Baby, à 40 mètres, traduit pour placer sa formation dans les clous du bonus défensif (19-12, 60e). Bien mieux inspirés dans cette seconde période, les joueurs d’Isaac et Milhas tiennent ce point précieux que Clermont, porté disparu et à rendre trop le ballon, ne contestera pas, encore réduit à quatorze après la brutalité d’un Julien Bardy, qui pourrait écoper a posteriori d’autre chose qu’un simple carton jaune. A Clermont, la parenthèse enchantée de l’Europe est bien refermée. Pour Biarritz, cette cinquième défaite de rang a, paradoxalement, le goût de l’espoir.

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