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Avis de tempête

Une véritable affaire d'état ! Alors que sur le moment, les Irlandais avaient semblé accepter leur élimination de la Coupe du monde suite au match nul entre la France et l'Eire, (1-1) entaché d'une main d'Henry sur le but décisif de Gallas, tout s'est emballé jeudi, au point d'entraîner des réactions politiques, jusqu'au sommet des États français et irlandais. Vendredi, la Fifa a annoncé que le match ne serait pas rejoué.

Accolade entre Giovanni Trapattoni et Raymond Domenech où le calme avant la tempête. (Reuters) Accolade entre Giovanni Trapattoni et Raymond Domenech où le calme avant la tempête. (Reuters)
Qui n'a pas son avis sur la question ? Visiblement, pour exister politiquement jeudi, il fallait y aller de sa petite déclaration, plus ou moins tapageuse selon le bord de l'échiquier où l'on se trouve, à propos de ce qu'il est convenu désormais d'appeler «l'affaire Henry». Celle-ci s'est en effet emballée de façon incroyable pour ne pas dire indécente au lendemain du match nul entre la France et l'Eire (1-1), le but égalisateur en prolongation de Gallas survenant après un centre d'Henry qui s'était aidé de la main pour contrôler le ballon. De Nicolas Sarkozy à François Hollande en passant par François Fillon, Roselyne Bachelot, François Bayrou, Daniel Cohn-Bendit, Marie-George Buffet, Philippe de Villiers et bien d'autres, chacun a donné son avis, plus ou moins éclairé, entre compassion avec l'Irlande pour les uns, leçons de morale ou refus de repentance pour les autres, attaques à l'encontre de Michel Platini, président de l'UEFA, coupable pour certains d'avoir toujours freiné des quatre fers devant l'arbitrage vidéo...

Le sujet du jour s'est même invité à Bruxelles lors d'un sommet des chefs d'Etat européens qui a donné lieu à une rencontre entre le Président français Nicolas Sarkozy et le Premier ministre irlandais Brian Cowen ! Ce dernier a confirmé soutenir l'initiative de sa Fédération visant à réclamer auprès de la Fifa que le match soit rejoué, les Irlandais s'appuyant sur un précédent entre l'Ouzbékistan et Bahreïn, match qui fut effectivement rejoué à la suite d'une "erreur technique de l'arbitre" (en l'occurence, un penalty réussi par l'Ouzbékistan que l'arbitre avait transformé en coup franc pour le Bahreïn, après qu'un joueur ouzbek eut pénétré dans la surface avant l'exécution du coup de pied de réparation). Mais visiblement, Brian Cowen n'a pas reçu d'écho favorable de son interlocuteur qui, jeudi soir, a expliqué qu'il n'avait pas le pouvoir de se "substituer à l'arbitre". Un peu plus tôt, son Premier ministre François Fillon avait estimé que ce n'était "ni au gouvernement français ni au gouvernement irlandais de s'immiscer dans le fonctionnement de la Fédération internationale". Bref, même si, côté français, on comprend l'immense frustration que ressentent les Irlandais au regard du dénouement cruel de ce barrage retour, pas question pour autant de rentrer dans leur jeu et d'ouvrir ne serait-ce qu'un interstice à l'éventualité d'un match d'appui qui semble de toute façon impossible au regard des règlements de la Fifa

Kombouaré: "Il y a une main, l'arbitre ne l'a pas vue, point barre, il faut arrêter d'être hypocrite"

Si la classe politique s'est montrée prompte à réagir sur le sujet jeudi - après tout, dans les moments de flottement, c'est toujours un bon moyen de remobiliser les Français derrière une même cause, aussi futile soit-elle -, le monde du sport et du football s'est aussi largement exprimé, majoritairement pour estimer que la main d'Henry était un "fait de jeu" sur lequel il n'était pas possible de revenir. "J'étais au match et je peux certifier que depuis les tribunes, on n'a rien vu. On peut donc aussi concevoir que l'arbitre, lui non plus, n'ait rien vu. S'il y avait eu un arbitrage à cinq, on n'aurait probablement pas marqué ce but. C'est un fait de jeu qui nous a été favorable, comme d'autres dans le passé", a ainsi estimé Laurent Blanc, l'entraîneur des Girondins de Bordeaux, qui fut victime par le passé d'une cruelle injustice, lorsqu'il fut privé de finale de Coupe du monde 1998 à cause d'une simulation en demi-finale du Croate Slaven Bilic.

Son de cloche identique pour son homologue du Paris-SG, Antoine Kombouaré: "J'entends dire que ce n'est pas bien, ce qu'a fait Thierry Henry. Ca c'est un problème d'arbitrage. Si on veut que ça s'arrête il faut mettre la vidéo. Thierry Henry a fait un truc qui n'est pas bien, je suis d'accord. Je suis triste pour les Irlandais mais on a gagné le match. Il y a une main, l'arbitre ne l'a pas vue, point barre, il faut arrêter d'être hypocrite." L'ineffable Bernard Tapie, qui a toujours son mot à dire et un micro à portée de bouche pour le relayer, est lui aussi entré dans la danse pour expliquer sur Europe 1: "Si Henry ne fait pas la passe à Gallas et qu'il n'y a pas but, la France n'est pas éliminée pour autant, il reste des prolongations, voire des penalties. Il faut arrêter avec ça. Thierry Henry a la balle qui lui tombe sur la main, il centre et puis il y a but, c'est tout. Qu'est ce que vous vouliez qu'il fasse, qu'il aille voir l'arbitre en lui disant: "Non, mon but n'est pas valable". Il se serait fait lyncher..."

Henry fait le buzz sur Internet

S'il a évité de se faire lyncher chez lui, Thierry Henry a cependant le droit depuis mercredi soir à un traitement médiatique de faveur de la part des presses irlandaise, britannique et même internationale, devenu en l'espace de quelques heures le paradigme du tricheur. Vilipendé par les médias, le capitaine des Bleus a eu beau s'excuser sur Twitter ("Je ne suis pas l'arbitre, mais si j'ai blessé quelqu'un, je suis désolé", a-t-il indiqué), il est sans doute devenu l'homme le plus recherché actuellement sur les moteurs de recherche sur Internet, passant tour à tour pour un joueur de handball, de volley, ou de basket, au gré des parodies plus ou moins réussies. Sur Facebook, site communautaire, un groupe La main de Thierry Henry a réuni 60000 fans en quelques heures, son pendant irlandais We, Irish, We Hate Thierry Henry ("Nous, Irlandais, nous haïssons Thierry Henry") ayant fait encore mieux avec 80000 fans recensés vendredi matin.

Ne restait plus qu'à connaître l'avis officiel d'un Raymond Domenech qui, mercredi soir, avait esquivé le débat devant la presse, c'est le site Lexpress.fr, qui l'a recueilli vendredi matin avec un verbatim du sélectionneur qui s'étonne de l'ampleur prise par un simple fait de jeu: "Sur le terrain, je n'avais pas vu la main. Depuis, j'ai visionné les images, et c'est effectivement une erreur d'arbitrage. Pour moi, il s'agit d'un fait de jeu et non d'une tricherie. Je ne comprends donc pas pourquoi on nous demande de présenter des excuses (...) A mes yeux, la qualification s'est jouée au match aller, ce que l'on semble oublier aujourd'hui. Je n'arrive donc pas à saisir cette sorte de moralisme (...) Ce type de geste peut arriver. Quand c'est Maradona, tout le monde trouve que c'est "extraordinaire" alors que lui marque carrément de la main ! Je veux bien que l'on demande d'un seul coup à Thierry d'avoir une auréole et des ailes d'ange pour dire qu'il y a faute mais il faudrait avoir la même exigence avec tout le monde. (...) Je ne comprends pas pourquoi nous sommes présentés comme coupables." C'était la chronique d'un lendemain de match pas comme les autres...

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