Experts en reconquête

Les Bleus ont su rebondir après un Euro raté pour aller chercher l'or olympique. (Reuters)

Les Bleus ont su rebondir après un Euro raté pour aller chercher l'or olympique. (Reuters)

Sacrée championne olympique pour la deuxième fois d'affilée, l’équipe de France a confirmé qu'elle était bien la plus forte de l'histoire de son sport. Et pourtant, les Bleus avaient complètement raté leur Euro en janvier dernier. Mais les Experts, autour de Claude Onesta, ont réussi à se reconstruire, à se réinventer. Voici comment.

Une remise en question salutaire
"A partir d'aujourd'hui, moi je ne suis plus concentré sur l'objectif de l'Euro. Je me fixe dans l'objectif de la préparation des Jeux" Nous sommes le 21 janvier 2012, et l’équipe de France vient de se qualifier pour le tour principal de l’Euro... avec zéro point, suite à ses défaites face à l’Espagne et la Hongrie. Claude Onesta change alors d’optique. "Ce que l'on a vécu depuis le début de la compétition est un indicateur solide ce qui peut arriver à cette équipe. Il y a des problèmes à résoudre dans le jeu, dans l'approche individuelle... Réussir les Jeux sera la conséquence de la résolution de ces problèmes", lâche alors le sélectionneur.

Six mois plus tard, le travail semble avoir été fait, et bien. "Je préférais abandonner l’Euro pour que la leçon qui en ressorte soit douloureuse. Si on ne sortait pas endoloris de cette aventure mal préparée et mal gérée, on serait forcément en danger la fois d’après, parce qu’on risquait d’y revenir de la même façon", explique désormais Claude Onesta. Résultat, la joie de la médaille est renforcée par le sentiment d’avoir réussi à rebondir. "C’est une vraie fierté dans le sens où on aurait pu penser que le groupe allait exploser. Ça n’a pas été le cas, même si chacun d’entre nous, on a tous des egos forts et qu’il n’y a pas trop de place aux états d’âme. On a réussi à se reconcentrer et travailler pour atteindre cet objectif collectif", souffle Daouda Karaboué.

Une préparation optimale
Pour mettre en place la reconstruction voulue par le sélectionneur, l’équipe de France s’est retrouvée cinq semaines durant, en évitant au maximum les sollicitations. Une préparation longue, comme les Bleus n’en avait plus eu depuis quatre ans. Résultat, Nikola Karabatic et sa troupe se sont construit un physique à toute épreuve. "Quand j'ai reçu il y a quelques mois une invitation de l’équipe du Danemark pour faire des matches amicaux au bout d’une semaine de préparation je me suis dit qu’ils étaient mal embarqués, raconte Claude Onesta. Nous on avait décidé de faire des tours de piste, de soulever de la fonte et de monter en haut de la montagne. Eux ont tout de suite été sur le handball."

Une nouvelle défense
Outre le physique, l’équipe de France a bossé la tactique. En échec à l’Euro, il a fallu tirer le bilan de ce qui n’avait pas marché. En première ligne la fameuse 1-5 qui a détruit tant de rêves adverses depuis six ans, mais qui commençait à se faire vieille, et a laissé un peu trop de courants d’air passer. C’est décidé, la défense sera alignée en 0-6, pour plus de sécurité et de densité physique. "On arrive là avec la même recette, la seule chose qu’on a su faire, c’est changer le plat de résistance, sourit Didier Dinart, le maître d’œuvre défensif. On a préparé un plat gratiné qui est la 0-6, avec beaucoup de densité physique. L’équipe de France a une densité physique qu’aucune autre équipe n’a au niveau international."

Un poil d’orgueil
"Après toutes les critiques qu’on a entendues, chacun a préféré se taire. On s’est promis de revenir, pas juste pour dire au revoir, mais pour remonter en haut de la pyramide et montrer que c’est quand même nous qui dominons le handball mondial depuis plusieurs années." Les mots sont signés Claude Onesta. Après l’échec de l’Euro, cette équipe qui avait tout gagné n’a pas supporté d’être critiquée. Une rancœur que les joueurs ont gardé pour eux, pour mieux s’en servir comme moteur. "Il nous a fallu nous relever après les critiques des médias à la suite de l’Euro, explique Nikola Karabatic, dans les colonnes de L’Equipe. On a nous a craché dessus. C’est bon de montrer au monde, aux gens, qu’ils sont des idiots, que l’on est toujours la même équipe. C’est bon de savoir que ces gens doivent se sentir bêtes. Je suis bien content de ça."

Une histoire d’hommes
Au-delà des analyses techniques ou tactiques, cette équipe respire l’unité. Sur cette compétition, il est d’ailleurs difficile de ressortir un joueur qui aura dominé son sujet. Chacun a eu son moment, pour porter l’équipe un peu plus haut. "L’équipe a su rester solidaire, mobilisée. Il y a de très bonnes grandes valeurs de ce groupe, telles que l’humilité et le travail, pour un jeune handballeur qui arrive dans le groupe, cette équipe est vraiment exemplaire", estime Didier Dinart.

Un point de vue partagé par un jeune, justement. "C’est un état d’esprit. Le fait que quand un nouveau arrive, il n’y a pas vraiment de concurrence. Tout le monde est bien accueilli, l’équipe vit ensemble, les générations passent, mais il y a un état d’esprit de solidarité, d’envie de gager qui perdure, explique William Accambray. Quand tu démarres dans l’équipe, tu arrives et tu regardes peut-être avec des grands yeux, mais au fur et à mesure, tu te rends compte que c’est des mecs comme toi. Je ne les regarde plus du tout pareils. Maintenant c’est mes potes." Des potes en or.

L’avenir
Si certains cadres réfléchissent à l’arrêt de leur carrière internationale, celui-ci ne devrait pas arriver après les Jeux. Dans cinq mois, les Bleus doivent en effet défendre leur titre mondial, en Espagne. "Il y a sûrement des joueurs qui tirent vers la fin, est-ce qu’elle est très proche ou peut-elle encore être progressive ?, s’interroge Claude Onesta. Moi, je suis toujours quelqu’un qui aime que les choses se passent dans le calme. Le championnat du monde qui se déroulera au mois de janvier ne nous laisse pas beaucoup de temps pour préparer une nouvelle équipe avec beaucoup de changements, puisqu’on aura une semaine à la fin du mois d’octobre et quelques jours avant de débuter. Donc si véritablement, de vrais changements devaient avoir lieu, je préfèrerais qu’ils aient lieu après le Mondial, où là, on aura une année complète pour aller jusqu’à la compétition suivante."

Jérôme Fernandez, Didier Dinart ou les frères Gille devraient donc pousser six mois de plus, avant de vraiment raccrocher. Et même après leur départ, l’avenir semble assuré. "Je suis toujours optimiste. Est-ce qu’il y a beaucoup d’équipes qui ont des joueurs de 22-23 ans qui ont le potentiel de William (Accambray) et de Xavier (Barachet) ?", glisse Onesta, qui a déjà en couveuse Kentin Mahé ou Kevynn Nyokas. "Quand on voit Accambray, Honrubia, Barachet qui arrivent et ont déjà un poids énorme sur nos victoires, il y a toujours eu une volonté de gagner, il y a le talent, explique Michaël Guigou, avant de prévenir. La formation en France est performante. Mais attention, on sait que le handball espagnol est en train de couler. Il ne faut pas récupérer trop de joueurs à droite à gauche au détriment de la formation à la française. On le voit bien quand on parle du championnat allemand… Mais les Allemands, on ne les voit pas aux Jeux."

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