Pennes, objet volant identifié

Grégoire Pennes vise la finale à Londres. (Reuters)

Grégoire Pennes vise la finale à Londres. (Reuters)

Douzième des Jeux Olympiques de Pékin, pour lesquels il garde un souvenir amer, Grégoire Pennes défendra les couleurs françaises à Londres dans l'épreuve individuelle de trampoline. Ce danseur de hip-hop émérite a appris de ses erreurs passées et compte bien aller le plus haut possible pour décrocher sa place en finale. Portrait d'un casse-cou passionné par une discipline confidentielle.

A sept ans, le gamin de Bois-Colombes (92) aurait pu choisir le football, le tennis ou le judo comme la majorité de ses camarades de classe. Mais lors du forum organisé par sa ville, son regard s'est attardé sur ce petit trampoline, exposé dans un coin de cette foire aux sports. Hyperactif durant son enfance, du genre à courir partout dans les couloirs et à sauter sur les lits, Grégoire Pennes a craqué pour cet engin à ressort qui lui permettait de vivre "un vrai kif", celui de "s’envoyer en l’air dans tous les sens sans se faire mal." Les infrastructures du club des Hauts-de-Seine, qui a formé de nombreux champions, ainsi qu'une ligne svelte, atout indéniable puisque l'esthétisme est pris en compte dans le vote du jury, ont fini par convaincre ce passionné de hip-hop d'en faire son activité principale. Et plutôt bien, puisque le Parisien va disputer à Londres ses deuxièmes Jeux Olympiques.

Pourtant, Pennes n'a jamais failli devenir le septuple champion de France qu'il est actuellement. La faute à une vilaine blessure en 2004, peu après son arrivée au Creps d'Antibes, qui lui détruit les deux genoux. Mais à force de courage et de travail, ce vrai casse-cou, qui n'arrivait pas à se discipliner à ses débuts, va réussir à se faire un nom dans ce sport, longtemps accaparé par les seuls Asiatiques. En France, encore aujourd'hui, le trampoline reste confidentiel, plus pratiqué d'une façon ludique pour avoir un corps de rêve que pour remporter l'or olympique. Les règles sont néanmoins carrées: "On fait deux passages avec un certain nombre de figures, et on est noté un peu à la manière du patinage artistique", indique le seul représentant tricolore dans la capitale britannique. Petit plus du chef: "Etre dans sa bulle et faire abstraction de tout le reste pour penser uniquement au mouvement et vous emmener le plus haut possible."

Pennes sait de quoi il parle puisque c'est en abordant la compétition à Pékin (2008) de façon maladroite qu'il a péché en ne prenant que la douzième place en individuel. On ne l'y reprendra plus. "Aux Jeux, il faut scinder la compétition en deux parties. Se concentrer d’abord sur l’accès à la finale, sans penser à autre chose. Puis, une fois cet objectif atteint, se dire que tout peut arriver et viser alors une place sur le podium." Plus mûr, plus serein aussi, le champion d'Europe 2010 a fait preuve d'une belle maîtrise en décrochant sa qualification pour Londres au prix d'un beau duel contre son ami et complice de toujours, Sébastien Martigny. C'était en juin dernier, lors des championnats de France, durant lesquels il obtenu son septième titre national. Une répétition grandeur nature avant les Jeux qu'il ne quitte pas des yeux depuis quatre ans. Au moins autant que cette minuscule croix sur laquelle il est censé atterrir pour le run parfait.

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