Makhloufi le blessé imaginaire ?

Taoufik Makhloufi a vite oublié la douleur… (Reuters)

Taoufik Makhloufi a vite oublié la douleur… (Reuters)

Taoufik Makhloufi a pris mardi sa revanche sur le destin en s'imposant lors de la finale du 1500m au stade olympique de Londres, au lendemain d'un imbroglio réglementaire qui avait conduit à son exclusion temporaire. Mais l'Algérien avait été réintégré sur la foi d'un certificat médical. S'il était bien blessé lundi soir, il a bénéficié d'une guérison fulgurante dans la nuit…

Il n’y a pas eu de course ! Le tenant du titre (*) Asbel Kiprop blessé et contraint de lâcher prise à l’amorce du premier tour, plus rien n’a résisté mardi soir, dans un Stade Olympique bondé, à la puissance de Taoufik Makhloufi, sacré champion olympique du 1500 mètres. A 300 mètres de l’arrivée, l’Algérien a placé une accélération fatale qui a cloué sur place Kényans, Américains et autres Africains pour s’imposer avec une bonne dizaine de mètres d'avance sur l’Américain Leonel Manzano et le Marocain Abdalaaati Iguider, dans le temps de 3’34’’08. Drapeau algérien autour des épaules, le vainqueur du soir pouvait se lancer dans un tour d’honneur, lui qui succède au tableau d’honneur national à la « légende » Noureddine Morceli, sacré en 1996 à Atlanta.

Et dire que la veille, Makhloufi avait été exclu des Jeux puis réintégré, car jugé blessé ! Engagé dans les séries du 800 mètres, il s’était en effet arrêté au bout de même pas cent mètres avant de renoncer. Un comportement jugé contraire à l’éthique sportive par l’IAAF (la Fédération internationale) qui, le soupçonnant de vouloir se préserver en vue de la finale du 1500, avait hâtivement prononcé l’exclusion. La délégation algérienne avait aussitôt fait appel, invoquant une blessure, ce que nous expliquera après la finale Zaher Ben Soltane, le médecin de la délégation, croisé dans les coursives du Stade olympique: "On avait été surpris par cette décision, parce qu’il n’y a pas de règlementation qui dit ça. Heureusement, on avait un dossier médical puissant." Confirmation à ses côtés de l’un des entraîneurs de l’équipe algérienne: "C’était tout à fait normal qu’il abandonne, une lésion au niveau du ménisque a même été détectée par le médecin (du comité d’organisation des Jeux, ndlr), ce qui lui a permis d’être réintégré."

"Je suis resté concentré sur ma course"

Réintégré mais souffrant donc du genou, une blessure qui n’a apparemment pas gêné Makhloufi pour écraser ses rivaux lors de la finale du 1500, plus de 24 heures plus tard. Etonnant ? Pressé de questions sur le sujet en conférence de presse, le médaillé d’or a juste confié: "Toute personne qui gagne oublie la douleur et la blessure, mais j’espère que désormais, je vais continuer à être soigné." Ce qu’il a apparemment été entre mardi et mercredi, davantage moralement que physiquement, si l’on en croit le médecin algérien: "On lui a surtout dit de se reposer et on l’a rassuré en lui disant que ça allait, qu’il n’avait pas à s’inquiéter. Et une douleur au ménisque, c’est moins gênant quand on fait du 1500 mètres." Quant à Taoufik Makhloufi, il confiera à propos de cette drôle de journée de mardi: "Ça n’a pas eu d’effets énormes sur mon moral, je n’ai pas pensé à ça, je suis resté concentré sur ma course. J’ai essayé de ne pas trop réfléchir et de rester calme. Je suis très heureux d’avoir gagné, j’ai donné de nouveaux espoirs au peuple algérien et au monde arabe. J’ai beaucoup travaillé depuis l’âge de quinze ans et j’en touche les fruits."

En l’occurrence, une médaille d’or au prix d’une course pleine de maîtrise, marquée notamment par la faiblesse de Kényans qu’on n’avait rarement connus si impuissants. Et à l’arrivée, une grande joie pour Makhloufi et l’Algérie. "C’est un jour historique pour notre pays, se félicite le directeur technique national Ahmed Boubrit, c’est le retour de l’Algérie sur la reine des distances." A ses côtés, un coach algérien ajoute, quand on lui demande s’il espérait un tel triomphe pour un athlète dont le meilleur chrono remonte au dernier meeting Herculis de Monaco (3'30"80): "On attendait un podium, car on savait qu’il était vraiment en forme. Il a été sacré champion d’Afrique en juin au Bénin sur 800 mètres, qui n’est pas sa distance fétiche, en 1'43"88. C’est une consécration pour lui, car un titre olympique, ça n’est pas donné à n’importe qui." Surtout au terme d’un tel scénario…

(*) Le Marocain Rachid Ramzi avait été sacré sur la piste avant de perdre sa médaille suite à un contrôle positif, le titre étant attribué a posteriori à Kiprop

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