Au grand désespoir kenyan

Stephen Kiprotich s'est joué des deux Kenyans dans le final. (Reuters)

Stephen Kiprotich s'est joué des deux Kenyans dans le final. (Reuters)

Quatre mois après sa victoire dans les rues de Londres, Wilson Kipsang Kiprotich n'a pas pu rééditer sa performance, devant s'incliner face au surprenant Ougandais Stephen Kiprotich, nouveau champion olympique du marathon en 2h08'01". L'or quitte donc le Kenya, qui était en mission un an après le tragique décès du tenant du titre, Samuel Wanjiru. Une grosse claque pour cette nation forte de l'athlétisme.

Les Kenyans étaient pourtant poussés par une ombre géante, qui a plané tout au long de ces 42,195 km tracés dans les rues londoniennes. Celle du champion olympique en titre, Samuel Wanjiru, plus jeune athlète (21 ans) à avoir couru sur l'or lors d'un marathon, disparu dans des conditions tragiques l'an passé*. Le premier athlète de ce grand pays d'athlétisme couronné sur cette distance, record olympique à l'appui (2h06'32"), dégageait une telle aisance, une telle élégance, qu'il était parti pour un long règne dans cette prestigieuse discipline. Ses compatriotes, marqués par la mort de leur chef de file, étaient donc motivés à l'idée de conserver, au moins pendant quatre ans, ce titre sur leur sol. Mais un jeune Ougandais, Stephen Kiprotich (23 ans), les a privé de cet hommage en devenant champion olympique (2h08'01"), dimanche.

Est-ce les sélections pour obtenir leur billet pour Londres, aussi impitoyables que tardives, qui ont laissé Abel Kirui (2e en 2h08'27") et Wilson Kipsang (3e en 2h09'37) sans jus dans le final d'une course exigeante ? Elles avaient en tout cas laissé sur le carreau des jeunes talents en devenir (Makau, notamment), et le pari, si risqué soit-il, semblait réussi quand seul Kiprotich était capable de suivre leurs foulées, la jeune garde éthiopienne étant hors du coup. On pensait alors que leur solidarité autour de ce devoir de mémoire, leur désir d'effacer le semi-échec des leurs sur les épreuves de fond depuis le début des Jeux (2 médailles d'or, 3 d'argent et 4 de bronze) allaient être plus fortes que tout.

Plus fortes que la douleur. Plus fortes que ce parcours aussi plat que cassant, demandant énormément de relances. Kipsang, le vainqueur de Londres en avril dernier, avait pris les choses en main, accélérant aux alentours du quinzième kilomètre pour faire la course en tête. Mais lui comme son compatriote Kirui, qui l'avait rejoint en compagnie de Kiprotich, essuyèrent un terrible coup derrière la tête quand le petit intrus du groupe, sans grande référence, les déborda d'une accélération fulgurante à cinq kilomètres de l'arrivée. "Ils étaient deux contre moi. Il fallait me battre et accélérer au bon moment," indiquait le briseur de rêve kenyan, au micro de France Télévisions. Tant pis pour la beauté de l'histoire.

*Ivre, il chuta du balcon de son appartement le 15 mai 2011, sa mort restant comme un grand mystère puisque la police n'a jamais su s'il s'était suicidé ou s'il s'agissait d'un accident suite à une dispute conjugale.

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