A star is (re)Bolt !

Usain Bolt n'arrête jamais de faire le show. (Reuters)

Usain Bolt n'arrête jamais de faire le show. (Reuters)

Usain Bolt est devenu le premier sprinteur à remporter quatre titres olympiques individuels en conservant à Londres ses médailles d’or sur 100 et 200 mètres dans des temps canons. Une performance sportive qui en fait l'incontestable héros de ces JO. D'autant que le charisme du Jamaïquain, qui vire parfois à l'arrogance, entretient la singularité du personnage.

Il est bientôt minuit dans les entrailles d’un Olympic Stadium vidé de ses spectateurs. Si l’enceinte qui héberge la flamme et les compétitions d’athlétisme a retrouvé sa quiétude, en sous-sol, ça grouille dans tous les sens, la foule de journalistes venus couvrir un peu plus tôt la très attendue finale du 200 mètres attendant fébrilement que «Sa Majesté» Bolt, désormais quintuple champion olympique, se présente pour confier ses sentiments dans la salle d’une centaine de sièges dédiée à l’exercice médiatique obligé. Prévue à 22h45, l’explication ne cesse d’être retardée, ce qui permet aux médaillés du triple saut masculin puis du décathlon de s’exprimer devant une assistance inhabituellement fournie pour eux. Faute de Bolt, les «suiveurs» les interrogent sur… Bolt, histoire d’avoir déjà quelques «billes» pour leurs papiers à venir.

Enfin est annoncée par le «press officer» la tenue imminente de la conférence de presse du 200 mètres masculin, la salle se remplit en moins d'une minute et tout de jaune vêtus, les trois médaillés du demi-tour de piste font leur entrée sous les applaudissements d’une salle conquise avant l’heure. Si la plupart des journalistes sont venus pour envoyer dès que possible les premières "quotes" (citations) à leur rédaction, d’autres sont manifestement surtout là pour dire "J’y étais", se prendre en photo devant la star des JO ou même… demander des autographes ! On voit ainsi juste devant nous un reporter du Bangladeh se filmer avec Bolt en toile de fond pendant la quasi-totalité de la conférence de presse, comme le fan de base...

Cricket, foot, Rudisha, dopage, tout y passe...

Vient enfin le tour des questions, qui permet au Jamaïcain, détendu et ne cessant de plaisanter avec la «panthère» Yohan Blake et le frêle Warren Weir, de mesurer, si besoin était, l’étendue de sa popularité à travers le monde. D’Inde au Pérou en passant par les Etats-Unis, la République tchèque, l’Allemagne, la Suède, Singapour, l’Italie, le Japon ou la France, les questions fusent de toutes parts, parfois totalement hors-sujet, ce qui n'empêche pas le héros de la soirée d'y répondre à chaque fois . Ainsi un confrère indien teste les connaissances d’Usain Bolt en cricket; un autre lui demande s’il veut devenir photographe (après sa victoire, Bolt s’est emparé d’un appareil pour «shooter» Blake); un Anglais veut savoir s’il ferait un meilleur partenaire d’attaque à Manchester United pour Wayne Rooney que Robin Van Persie; un Péruvien s’enquiert de savoir s’il se considère comme l’égal de Jesse Owen ou Carl Lewis; un autre veut le comparer à Michael Jordan, Mohammed Ali ou Pelé; il lui est ensuite demandé s’il serait capable de battre David Rudisha, tout juste sacré champion olympique du 800 mètres, record du monde à la clé, sur un tour de pist, tandis qu'un Américain, souhaitant interroger Bolt sur le dopage, commet un lapsus qui fait se plier la salle, lorsqu'au lieu de parler de "Dream Team" jamaïcaine, il évoque la "Drug Team" !

Viennent enfin les questions plus féminines: une journaliste anglaise rappelle à la «Foudre» que des photos l’ont montré en charmante compagnie, entouré de handballeuses suédoises, après sa victoire sur 100 et veut du coup savoir comment il entend fêter le fait de "devenir une légende", leitmotiv «boltien» de la soirée, s’attirant un "Ah, Ah, Ah !" en retour de l’intéressé, la palme revenant à une confrère italienne, du "plus grand journal italien", qui demande au Jamaïcain: "Maintenant que vous êtes une légende vivante, quel type de fille comme «girlfriend», peut-être à la hauteur de ce statut ? Doit-elle être une actrice, une reine, une chanteuse ou la femme la plus rapide du monde ?" Et Bolt, à cette dernière évocation, de tourner la tête en guise de réponse négative, déclenchant l’hilarité générale dans la salle, décuplée dans la foulée lorsqu’un journaliste russe attaque la question suivante d’un: "Usain, une question de Russie, où nous avons de très belles femmes…" Bref, un véritable Barnum médiatique conclu par Bolt lui-même, le double médaillé d’or du 200 se saisissant du micro pour apostropher la salle et intimer à tous de clamer partout qu’il est "une légende vivante""Je ne donnerai plus d’interview !" Fermez le rideau !

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