L'abécédaire des Jeux (2)

La présence d'Oscar Pistorius aux JO a fait beaucoup de bruit. (Reuters)

La présence d'Oscar Pistorius aux JO a fait beaucoup de bruit. (Reuters)

Une nouvelle page olympique s'est tournée avec la cérémonie clôturant cette XXXe Olympiade de l’ère moderne. L'occasion de se rappeler des moments forts et des personnalités marquantes de cet événement londonien, riche en émotions. Deuxième partie de cette chronique commençant avec le N de Natation pour finir jusqu'au Z de zéro pointé.

N comme Natation
Comme la discipline incontournable de ces JO, pourvoyeuse de quatre des onze médailles d’or de l’équipe de France à Londres. Un bilan historique, auquel s’ajoutent deux médailles d’argent et une de bronze, soit à l’instar du judo, également crédité de sept podiums (mais avec seulement deux titres olympiques), plus d’un quart des récompenses accumulées par les Bleus dans la capitale britannique. Première nation européenne à Budapest, deux ans plus tôt, la France, dans la vague des Agnel, Muffat et autre Manaudou, nouvelle génération dorée, a su confirmer ce statut dans un contexte olympique autrement plus relevé et s’imposer, à l’image du 4x100 mètres masculin –premier relais européen consacré- comme la troisième puissance mondiale derrière les intouchables ogres américain et chinois. Du jamais vu !

O comme Oscar Pistorius
Les critiques se sont tues. Loin de tout débat sur un supposé avantage que lui procureraient ses fameuses lames en carbone, Oscar Pistorius a su imposer son handicap au cœur de la compétition olympique parmi les valides. Alors que les Jeux Paralympiques (29 août-9 septembre) s’ouvriront à la fin du mois dans l’anonymat, l’athlète sud-africain, amputé des deux jambes à l’âge de 11 mois, a su dans la capitale britannique se hisser en demi-finales du 400 mètres et participer à la finale du 4x400 mètres. Pour sa plus grande fierté malgré ses dernières places en individuel (46"54) comme dans le relais (3’03"46). "Je ne peux pas décrire les sentiments que j'ai eus cette semaine. Merci à vous tous pour avoir joué un rôle dans l'une des meilleures semaines de ma vie", a déclaré Pistorius sur son compte Twitter.

P comme Phelps
Mission accomplie: à Londres, Michael Phelps a décroché deux médailles d'argent et quatre d'or, un butin, qui a permis au meilleur nageur de tous les temps de devenir le sportif le plus décoré de l'histoire des Jeux de l'ère moderne avec vingt-deux podiums olympiques. Renversant ! Mais aujourd’hui, l’icône a définitivement quitté les bassins. "Les compétitions appartiennent au passé pour moi, mais cela ne signifie pas que je ne serai plus impliqué dans la natation", a-t-il déclaré. "Je resterai impliqué, mais je regarderai les choses de l'extérieur."

Q comme Queen
Bien sûr les Américaines Allyson Felix (3 médailles d’or) et Missy Fraklin (4) resteront pour la postérité les deux héroïnes de ces XXXe Jeux Olympiques. Mais ce statut de reine incontestée de la quinzaine ne pouvait être usurpé tant la seule et l’unique Reine Elizabeth aura su marquer de son empreinte la compétition par son apparition désopilante et historique dès la cérémonie d’ouverture dans une parodie de James Bond. Son vrai faux saut en parachute au-dessus du stade olympique, retransmis sur écran géant, restera comme un must de la quinzaine. Un investissement royal qui ne se sera pas démenti tout au long de la compétition, marquée par la médaille d’argent décrochée par Zara Philipps dans l’épreuve du concours complet d’équitation à travers l’omniprésence des Princes William et Harry, mais aussi de l’épouse du premier, Kate Middleton, sur la quasi-totalité des sites olympiques.

R comme Riner
Champion olympique de judo en plus de 100 kilos, Teddy Riner a enfin obtenu le titre qui manquait à son palmarès, une médaille d'or attendue, programmée, logique. Un sacre face au Russe Alexander Mikhaylin qui vient de très loin: de la déception d'une médaille de bronze à Pékin, de cinq titres de champions du monde. Un titre annoncé, claironné, écrit: "Je pense que cette médaille, je vais dormir avec car quatre ans, c'est long et c'est dur. La finale a été difficile, mais dès le début, j'ai senti que c'était pour moi. C'est à moi, c'est ma journée, c'est ma médaille."

S comme Surprises
Si les Phelps, Riner, Lavillenie étaient les héros attendus de cette quinzaine olympique, ils sont ceux qui ont créé la sensation à Londres. Pour le clan français, la fraîcheur de la jeune Bretonne Julie Bresset illuminera à jamais le fastueux dernier week-end des Jeux. Comme un parfait relais du malheureux Julien Absalon. Première Française championne olympique de VTT à 23 ans et au prix d’une course de rêve, la Briochine s’est surprise elle-même: "C'est incroyable de gagner comme ça. Je visais une médaille, mais l'or, c'est incroyable". Et que dire de l’improbable sacre du Trinidadien Keshorn Walcott, auteur d’un doublé retentissant en décrochant contre toute attente l'or olympique du javelot, moins d'un mois après avoir été sacré champion du monde junior. Un lancer à 84,58 mètres, nouveau record national, pour devenir à 19 ans le plus jeune champion olympique de l'histoire de sa discipline.

T comme Twitter
Ces JO de Londres resteront aussi comme les premiers de l’ère des médias sociaux Selon les chiffres fournis par la compagnie américaine, ce sont plus de 150 millions de Tweets qui ont été échangés durant la totalité des compétitions olympiques. Au hit-parade de ces gazouillis olympiques, Usain Bolt ne fait pas qu’affoler les chronos puisque le titre sur le 200 mètres du désormais sextuple champion olympique a provoqué une avalanche de… 80 000 tweets par minute ! Sans surprise, le sport qui aura suscité le plus de conversations sur Twitter est le football avec 5 millions de tweets. Et pour les derniers sceptiques, s’il ne fallait retenir qu’un seul chiffre: la seule cérémonie d’ouverture aura déclenché 9,66 millions de tweets, soit plus à elle seule que les Jeux de Pékin.

U comme USA
Et de 46 ! Sans doute pas la moins prestigieuse, ce sont les stars de la Dream Team américaine, tombeurs de l’Espagne en finale (107-100), qui auront apporté à la bannière étoilée la 46e médaille d’or et clôt ainsi l’exceptionnelle récolte des Etats-Unis dans la capitale britannique. Quatre ans après avoir dû subir l’hégémonie chinoise à Pékin, Phelps et ses coéquipiers ont remis la nation phare de l’olympisme au sommet de la hiérarchie mondiale avec un total de 104 médailles (46 or, 29 argent, 29 bronze) devant l’Empire du Milieu, qui doit se contenter de la place de dauphin avec 88 médailles (38 or, 27 argent, 23 bronze). Mention spéciale à ces dames: "Les Américaines ont dominé les jeux, a-t-on pu lire à la une d’"USA Today. Et le Detroit News de préciser que si elles "étaient un pays, (...) elles auraient terminé cinquièmes au total des médailles, juste devant l'Allemagne".

V comme Voile
L’olympisme ne sera donc pas resté hermétique au débat sur le Hijab. Certains auraient pu y voir un hommage au multiculturalisme anglais, mais c’est en cédant plus certainement à ses généreux bailleurs privés originaires du Golfe persique que le Comité International olympique (CIO) a laissé la polémique prendre le pas sur le sport. Du haut de ses seize ans, la judokate saoudienne Wodjan Ali Seraj Abdulrahim Shaherkani aura plus sûrement fait parler d’elle pour s’être présentée la tête couverte sur les tatamis de l’ExCel de Londres que pour les 43 secondes de son unique combat.

W comme Wimbledon et Wembley
Un must de ces Jeux ! Les compétitions de tennis et de football auront eu droit aux deux plus beaux des écrins. Ces messieurs de la petite balle jaune, quinze jours seulement après le triomphe de sa Majesté Federer sur le gazon de la troisième levée du Grand Chelem, retrouvaient les courts du All England Club. Mais dans un contexte totalement différent, où le bleu des Jeux avait remplacé le vert anglais et le blanc immaculé réglementaire cédé le pas aux couleurs des drapeaux. L’esprit et la ferveur olympique auront servi à n’en pas douter des rencontres d’un très haut niveau jusqu’à la revanche éclatante d’Andy Murray face à Federer. Pour le plus beau des dénouements. Wembley valait bien le Maracana pour assister au sacre annoncé un peu vite du Brésil, finalement privé par le Mexique (2-1) du seul et unique titre qui continue de manquer au palmarès des Auriverde.

X comme Xiang Liu
La dernière image de Xiang Liu aux Jeux Olympiques restera donc celle de cet immense champion évacué de la piste sur un fauteuil roulant après que la malédiction avait une fois de plus, quatre ans après le crève-cœur de Pékin, frappé le champion chinois, victime d’une nouvelle blessure et d’une chute dès la première haie des séries. Les JO avaient fait le bonheur et la gloire de Liu Xiang sur le 110 mètres haies à Athènes, en 2004, ils ont fait son malheur à Pékin et à Londres comme si une malédiction pesait sur l'athlète chinois. Un commissaire de course se fera le serviteur du diable en interdisant à l'athlète brisé de sortir par le couloir de la chambre d'appel, côté départ, et contraignant Liu à revenir sur la piste et parcourir les 110 mètres à cloche-pied en longeant les haies avant de quitter le stade, ses rêves olympiques brisés. "C'était un moment terrible", déclarera l'Américain Aries Merritt, futur champion olympique du 110 mètres haies. Que quelque chose comme ça arrive à un des meilleurs coureurs de haies du monde est une tragédie".

Y comme Ye Shiwen
Double médaille d’or dans le bassin de l’Aquatics Centre de Londres sur 200 mètres 4 nages et sur 400 mètres 4 nages, victoire agrémentée sur cette dernière spécialité d'un record du monde au prix d'un dernier 100 mètres ahurissant (58"68), soit trois centièmes de plus seulement que la dernière longueur de Ryan Lochte sur la même distance, la Chinoise Ye Shiwen aura suscité les interrogations par ses performances. Et à Londres, John Leonard, l'entraîneur en chef de l'équipe américaine, n'aura pas hésité pas à dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas, décrivant les prestations de la jeune Chinoise de 16 ans de "suspectes" et de "dérangeantes". Au point même de faire le parallèle avec l'Irlandaise Michelle Smith, sacrée en 1996 à Atlanta sur 400 mètres 4 nages avant d'être bannie quatre ans pour avoir falsifié un échantillon d'urine. Accusations purement gratuites jusqu’à preuve de la culpabilité du petit phénomène.

Z comme Zéro pointé
Le ciel de l'escrime française est plus gris encore que celui de Londres où, pour la première fois depuis 1960, elle est sortie des Jeux olympiques, dimanche, sans la moindre médaille. "S'il y avait une explication simple et évidente, on les aurait. Il y a certainement plein de petites choses à revoir, il va falloir prendre le temps de la réflexion. C'est une énorme contre-performance, une énorme déception", a reconnu le directeur technique national (DTN), Eric Srecki, ancien champion olympique à l'épée en individuel, à Barcelone, en 1992. "Il y a des choses à changer, c'est sûr mais on n'est pas mort. Il y a, c'est vrai, une baisse de niveau et une hausse de la concurrence ais je pense aussi qu'on est au bout d'un système, au bout d'un cycle."

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