Goodbye London 2012 !

Le stade olympique s'est enflammé une dernière fois. (Reuters)

Le stade olympique s'est enflammé une dernière fois. (Reuters)

Les Jeux Olympiques de Londres se sont achevés dimanche soir par la cérémonie de clôture. Avant de passer le relais à Rio de Janeiro, où seront organisés les JO 2016, retour sur une quinzaine qui a mêlé émotion, succès populaire, réussite sportive, mais aussi quelques couacs.

Ça y est, la flamme s’est éteinte dimanche soir dans le Stade Olympique de Londres, les Jeux 2012 sont terminés et il est temps de prendre l’Eurostar, de grosses poches sous les yeux, les jambes traînantes et le sac chargé de souvenirs, après seize jours non-stop d’un véritable marathon. Les Jeux pour un «suiveur», c’est quoi ? C’est d’abord «l’accred’», cet indispensable rectangle de plastique de 10 centimètres sur 5 barré d’un E sur fond jaune, qui pend autour du cou du premier au dernier jour, comme une seconde peau, qu’il vous faut brandir à chaque point de passage une cinquantaine de fois par jour et à laquelle on finit tellement par s’habituer qu’on se coucherait presque avec. Ce sont également des fouilles incessantes, la plupart du temps assurées par les militaires anglais réquisitionnés pour les Jeux avec leur plume verte sur le béret, sac ouvert, sac refermé, ordinateur à sortir, bouteille d’eau à vider, ceinture à défaire, pièces de monnaie qui sonnent sous le portique…

C’est ensuite cet immense Olympic Park qui ferait presque passer celui de Pékin pour un jardin d’enfants, parc d’attractions à la sauce olympique où on aurait remplacé les montagnes russes, chaises volantes ou trains fantômes par des installations sportives à l’architecture parfois douteuse, comme l’Aquatics Center avec ses tribunes qui ne se font pas face et sont tellement hautes que certains spectateurs, se plaignant de ne rien voir, auraient exigé d'être remboursés, ou, hors parc olympique, l’ExCel, qui ressemble à Rungis, dans les immenses halls duquel ont été montées des tribunes provisoires accueillant épreuves de boxe, judo, tennis de table, escrime, haltérophilie et autre taekwondo.

70000 bénévoles...

Les Jeux Olympiques, c’est aussi l’armée des 70 000 bénévoles (tradition perpétrée depuis 1948), appelés ici «Game Makers», étudiants venus de toute la planète chômeurs, retraités, ou simples citoyens désireux d’apporter leur écot à l’effort national, quitte à y sacrifier leurs vacances, recrutés depuis septembre 2010 après plus de 100 000 entretiens (240 000 candidatures ont été reçues !). Parfois juchés sur des chaises d’arbitre de tennis et équipés de porte-voix façon «Alerte à Malibu», ces «Game Makers» à la tenue douteuse (chemise violette et rouge orangé sur pantalon beige souvent trop long, c’était taille unique ?) qui a sans doute hérissé le poil argenté de Karl Lagerfeld, sont chargés d’orienter le visiteur, avec le sourire toujours, tout en s’adonnant accessoirement à une activité que l’on pensait désuète mais qui est également une tradition olympique, la collection et l’échange de pin’s.

Les Jeux, c’est enfin, côté face sombre, cet immense business, où les voitures officielles de la «Famille olympique» sont des… coupés BMW (bonjour les Jeux à visage humain !), et où le visiteur, tout juste sorti du Javelin, TGV local ralliant le centre de Londres à l’Olympic Park en 7 minutes, est obligé, avant de gagner le Parc lui-même, de traverser Westfield, un des plus grands centres commerciaux d’Europe, pour y lâcher moult «pounds», prélude à une journée ruineuse qui le verra se fendre des indispensables passages par le fast-food «partenaire officiel» ou le Megastore pour y acheter mascottes, bracelets, tee-shirts, sweatshirts et casquettes Team GB ou London 2012, et se désaltérer avec les bières du brasseur officiel à 4,3 pounds la bouteille que des vendeurs ambulants vous proposent à tout bout de champ (la Loi Evin, on ne connaît pas ici…), le fantasque maire de Londres Boris Johnson avec sa coupe au bol façon Brian Jones (**) donnant lui-même l'exemple, bouteille à la main !

La "kiss cam", des têtes couronnées, le show Bolt, les larmes de Sanchez...

Quel tableau bien sombre, me direz-vous ? Rassurez-vous, les Jeux, ce n’est pas que ça. Cette édition en l’occurrence aura été un indéniable succès populaire, avec, après quelques retards à l’allumage (les sièges non-occupés par les comités olympiques et partenaires ont rapidement trouvé preneurs), des enceintes remplies à ras-bord, les plus blasés des athlètes se montrant surpris de disputer leurs séries d’athlétisme lors des sessions matinales dans un Stade Olympique comble, et un Olympic Park chaque jour archibondé, au point que les restaurateurs et hôteliers du centre de Londres, constatant une baisse de fréquentation touristique, se sont plaints de cette concurrence déloyale.

C’est aussi la touche souvent très «pop» des atmosphères dans ces mêmes enceintes, avec des foules déchaînées invitées par des animateurs survitaminés à faire la ola au ralenti, à s’embrasser devant la «kiss cam» ou à jouer du bongo virtuel; des chefs d’Etat et têtes couronnées en pagaille (Harry, William, Kate, Vladimir Poutine, François Hollande, Michelle Obama…); une cérémonie d’ouverture pleine d’audace artistique orchestrée par Danny Boyle; des musiques d’ambiance qui, en plus des tubes du moment, mettent en valeur l’incroyable richesse du patrimoine musical local (dans quel autre endroit du monde le quarantenaire nourri à la pop anglaise des années 80-90 pourrait-il se réjouir d’entendre lors des temps morts The Smiths, The Stone Roses, The Clash, Blur, New Order, David Bowie, Primal Scream, The Soupdragons, Oasis, James... ?); un public certes très «Team GB», mais également d’une sportivité remarquable, capable d’entrer en transe pour saluer le doublé 10000-5000 de Mo Farah (jamais vécu une telle liesse dans un stade…), puis de se lever comme un seul homme pour réserver une ovation à la Saoudienne voilée Sarah Attar qui termine son 800m en 2'45"; les conférences de presse aussi décontractées que surréalistes de l’un des rois de ces Jeux, Usain Bolt, autoproclamé "légende vivante" et invité au gré des questions de son auditoire cosmopolite à donner son avis sur le cricket, Manchester United ou… son type de femme; le cadre majestueux de certaines compétitions, de Wimbledon à Hyde Park en passant par Eton, Horse Guard Parads et Buckingham Palace…

Les Jeux, ce sont enfin et surtout les innombrables moments d’émotion qui font la beauté du sport en général et des JO en particulier, comme les larmes de Felix Sanchez qui voit dans la pluie s’abattant sur le podium du 400m haies les larmes (de joie) de sa grand-mère décédée, celles du multi-médaillé Chris Hoy, symbole de la réussite d’une Team GB qui aura enchaîné les God Save The Queen avec une facilité que certains jugeront douteuse, ou l’immense bonheur des Experts doubles médaillés d’or qui, torses nus et bombés, animeront dans la liesse générale, accompagnées des basketteuses tricolores argentées, l’ultime soirée donnée au Club France (au sujet duquel il y aurait beaucoup à dire...), sur les bords de la Tamise… Au final, s’il ne fallait retenir qu’une chose de ces Jeux Olympiques de Londres ? L’impression unique et magique d’appartenir pendant deux grosses semaines à une même communauté, fraternelle et universelle, réunie par et pour le sport, et qui donne quand même envie d'y revenir…

(**) Fondateur et guitariste des Rolling Stones, décédé en 1969

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