Des sourires et des larmes

Renaud Lavillenie a obtenu l'une des médailles d'or françaises les plus attendues. (Reuters)

Renaud Lavillenie a obtenu l'une des médailles d'or françaises les plus attendues. (Reuters)

Avec 34 breloques dont onze en or, l'équipe de France olympique n'a pas battu son record de médailles mais a réalisé seize jours de compétition plus qu'honorables. La septième nation mondiale de ces Jeux a pu compter sur la réussite de valeurs sûres (Riner, Estanguet, Handball) et la révélation de talents en puissance (Agnel, Manaudou, Fer). Mais il ne faudrait pas oublier les athlètes et même les disciplines qui sont passés au travers de cette quinzaine londonienne.

Ils ont répondu présent
On les attendait au sommet de leur discipline, forts d’une préparation minutieuse pour répondre présent le Jour J, et ils ont été fidèles au rendez-vous. Comment ne pas commencer par Teddy Riner, pour lequel tout autre métal que l’or aurait constitué un échec retentissant. Le plus grand judoka actuel, quintuple champion du monde, a récité ses gammes sans en rajouter pour décrocher le seul titre qu’il convoitait encore. De moindre notoriété, Lucie Decosse a elle aussi assumé son statut sur les tatamis. A ses trois titres mondiaux elle peut désormais ajouter un titre olympique, quatre ans après son échec en finale à Pékin, dans une catégorie de poids inférieure. Eux aussi très attendus, mais dans la piscine olympique, Yannick Agnel et Camille Muffat ont éclaboussé les Jeux de leur talent. Le premier a régné sur le 200 mètres nage libre, et échoué d’un rien au pied du podium du 100 mètres, l’épreuve reine. Sa complice d’entraînement a elle succédé à Laure Manaudou, médaillée d’or à Athènes, sur le 400 mètres nage libre. La Toulousaine, au sommet de son art, a failli réaliser le doublé sur le 200 mètres qu’elle a terminé deuxième.

En athlétisme, sauf heureuse surprise, un seul Tricolore pouvait se voir sur la plus haute marche du podium. Renaud Lavillenie, qui domine la perche depuis plusieurs saisons, a rempli sa mission à l’issue d’un concours à couper le souffle qu’il a remporté en établissant un nouveau record olympique (5m97). Pierre Quinon et Jean Galfione ont aujourd’hui un successeur capable d’assumer son rang de n°1 mondial. Plus forcément aussi dominateur qu’avant, Tony Estanguet a enflammé le bassin olympique en conquérant à 34 ans un troisième titre au nez et à la barbe de son grand rival Michal Martikan. Déjà titré à Sydney et Athènes, le céiste palois a gravé un peu plus encore son nom dans la légende du sport français. Comme L’équipe masculine de handball devenue, en Angleterre, la première à conserver son titre olympique dans la discipline. Les partenaires de Jérôme Fernandez, au sortir d’un Euro manqué en début d’année, ont su réagir pour aller décrocher une sixième médaille d’or depuis 2006 (deux JO, deux Mondiaux, deux Euro). Un palmarès qui fait de la bande à Claude Onesta la meilleure équipe de l’histoire du sport français, et de loin.

Les échecs
Il y en a eu, et on peut cibler certains sports. L’escrime, principal pourvoyeur de médailles françaises depuis tant d’années, a connu des Jeux catastrophiques. A l’absence de médailles, une première depuis 1960 où à l’époque il y avait moins d’épreuves (épée et sabre féminins), s’est ajoutée une crise interne dans laquelle le président de la Fédération, Frédéric Pietruszka, a été montré du doigt. Quatre ans ne seront pas de trop pour reconstruire avant Rio. On attendait monts et merveilles du BMX, cette discipline hyper spectaculaire mais tellement aléatoire. Bilan, malgré Joris Daudet et Magalie Pottier, présentés comme des champions olympiques en puissance, aucune médaille, ou plutôt si, celle en chocolat de Laëtitia Le Corguillé (4e). L’aviron, le canoë-kayak en ligne, la voile et la boxe n’ont pas non plus rempli leurs objectifs initiaux. Un petit bémol pour les boxeurs tant Alexis Vastine et à un degré moindre Nordine Oubaali méritaient mieux que le verdict rendu par les juges en quarts de finale.

Point de juge en VTT, mais une crevaison rapide qui a mis fin aux espoirs de triplé historique de Julien Absalon. Le double tenant du titre, lâché par les meilleurs, a préféré abandonner. Yoann Diniz, sur le 50 kilomètres marche, n’a pas voulu jeter l’éponge malgré une chute. Sa 8e place à l’arrivée était loin de ses ambitions de podium douchées par les grosses performances des meilleurs. Sa disqualification, pour un ravitaillement hors zone, a fini de l’achever. Si la natation française, avec sept médailles, a brillé de mille feux outre-Manche, Camille Lacourt n’a pas joui du bon éclairage. Attendu sur la boîte, et pourquoi pas sur la plus haute marche, le Narbonnais a pris la pire place (4e) de la course la plus importante de sa carrière. Il aura déjà 31 ans à Rio. Elle a le même âge et est également passée à côté. Amélie Cazé, triple médaillée d’or mondiale, a pris une bien décevante 18e place lors de la dernière journée. Enfin, difficile de parler d’échec mais plutôt d’énorme déception pour Grégory Baugé, battu en finale de la vitesse individuelle en cyclisme sur piste par le Britannique Kenny. Tout fraichement auréolé d’une troisième couronne mondiale au printemps à Melbourne, le Français, inconsolable, faisait partie de ceux attendus avec de l’or autour du cou.

Les belles surprises
Le 4x100 mètres nage libre devait, encore une fois, être l’affaire des Américains. Mais les relayeurs français (Leveaux, Gilot, Lefert, Agnel), battus in extremis quatre ans plus tôt à Pékin, ont pris une éclatante revanche grâce notamment à la torpille Yannick Agnel qui a presque ridiculisé Ryan Lochte dans la dernière longueur. Un exploit majuscule à l’image des performances de la natation française. Lui était déjà content d’entrer en finale, il n’y a pas fait de la figuration. A la surprise générale, Florent Manaudou a surclassé toute la concurrence sur le 50 mètres nage libre pour sa première participation aux Jeux. Débarqué à Londres sans grande référence, le petit frère de Laure a sauté toutes les étapes en moins de 22 secondes. A 21 ans, l’avenir lui appartient. Julie Bresset, aussi, a de beaux jours devant elle. La Bretonne, très prometteuse chez les Espoirs, a rapporté une médaille d’or quelque peu inattendue à l’issue d’une course parfaitement maitrisée en VTT. La seule victoire du cyclisme français après ses trois titres de vice-champion olympique sur piste.

En canoë-kayak, il n’y a pas que Tony Estanguet. Emilie Fer, au palmarès bien moins conséquent que son collègue, s’est fait un nom en devenant championne olympique, son premier grand titre en individuel. Elles n’ont pas gagné mais ont fait une belle publicité au taekwondo. Marlène Harnois, en bronze, et Anne-Caroline Graffe, en argent, ont apporté une jolie touche de fraîcheur. Idem pour l’équipe féminine de basket, malgré sa lourde défaite en finale face aux Américaines. De bon augure à moins d’un an de l’Euro organisé dans l’Hexagone. Bryan Coquard, en argent à 20 ans sur l’omnium du cyclisme sur piste, et les tennismen, double médaillés en… double, n’étaient pas non plus attendus à pareille fête. Sans oublier Céline Goberville, vice-championne olympique au tir à 10 mètres, qui restera la première médaille française des JO 2012.

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