Beyou: "Concentré sur le Vendée Globe"
Jérémie Beyou participera bien à son deuxième Vendée Globe ! Touchant les fruits d'une saison marquée par des victoires sur la Solitaire du Figaro et la Transat Jacques-Vabre, le skipper finistérien a été choisi par l'entreprise Maître Coq pour défendre ses couleurs sur la septième édition du tour du monde en solitaire dont le départ sera donné le 10 novembre 2012. Sur le bateau tenant du titre, l'ancien Foncia de Michel Desjoyeaux.
Beyou (à g.) retrouvera Dick sur le Vendée, comme adversaire... (Virbac-Paprec)
Oui, je me dis que n'ai jamais lâché le morceau et que j'ai bien fait. Je ne voulais pas avoir de regrets sur cette démarche de mettre toutes les choses en oeuvre pour trouver un partenaire en allant naviguer l'année dernière, vu ma saison sportive, je n'en ai pas, parce qu'elle m'a apporté beaucoup de bonheur. Je pensais que j'allais finir par trouver un partenaire motivé, mais tant qu'il ne s'est pas déclaré et que tu n'as pas signé, tu es dans l'expectative et c'est un peu dur à vivre. Il faut comprendre que les entreprises ont leur contrainte, c'est le cas de Maître Coq qui est une entreprise ambitieuse, leader sur son marché, qui va vraiment mieux depuis deux ans et veut surfer sur cette bonne santé. Trouver ce genre d'entreprise, ça n'arrive pas tous les jours, il a fallu attendre, mais ça valait le coup parce que j'ai l'impression que j'ai rencontré des gens qui partagent les mêmes valeurs que moi, de travail, de simplicité et d'ambition. Et malgré le fait qu'on ait attendu, on arrive à partir sur le bateau qu'on voulait, donc c'est pas mal !
A quand remontent les contacts ?
Il y a eu des premiers documents échangés juste avant la Jacques-Vabre (fin octobre 2011, ndlr), puis un premier rendez-vous qui a quasiment été le dernier, début décembre pendant le Salon nautique, pour valider. Car le projet était mûri chez eux, ils avaient réfléchi au timing qu'ils voulaient, à la façon de faire, au budget, à l'identité du skipper. Ils voulaient quelqu'un qui avait les mêmes valeurs qu'eux mais avait aussi fait ses preuves, ils ont estimé que sur la saison dernière, j'étais la personne adéquate. Encore fallait-il qu'on se rencontre et que le courant passe, parce qu'il y a beaucoup d'humain dans ces projets. Cette rencontre s'est bien passée, on s'est serré la main ce jour-là et derrière, ça a été hyper rapide: le budget, les plannings, quel bateau, qui est propriétaire, acheter le bateau, préparer et signer les contrats. En à peine deux mois, on a un bateau, une équipe qui fonctionne, on est à pied d'oeuvre.
Ce sont donc eux qui sont venus vous chercher ?
Oui, ils avaient une véritable démarche d'entreprise pour faire progresser leur notoriété de marque et aussi fédérer en interne. Maître Coq, c'est 2000 salariés, principalement en Vendée, ils avaient identifié le Vendée Globe comme quelque chose d'hyper intéressant dans cet objectif, ils se sont mis en recherche d'un skipper, et pour le coup, ce sont les résultats sportifs qui m'ont aidé à leur taper dans l'oeil, je suis super content.
Votre partenariat ne dure que pour le Vendée Globe ?
Oui, c'est un contrat de quinze mois. Ils découvrent, nous, on va essayer de faire les choses bien, on verra plus tard.
"Je ne nourris aucun complexe sportivement"
Vous partirez sur l'ancien Foncia de Michel Desjoyeaux, qui est propriétaire du bateau ?
C'est moi qui achète le bateau, on est dans une relation de confiance, professionnelle, faite de respect mutuel des compétences de l'autre. Je ne vais pas me mettre à aller découper des poulets et essayer de les vendre, et eux, ils ne vont pas devenir propriétaires d'un bateau, en assurer la maintenance et l'optimisation, c'est mon métier. Ils préféraient que l'équipe soit propriétaire du bateau et moi, au niveau financier, j'avais déjà tout préparé.
Le bateau est-il prêt ?
Il est revenu de la Barcelona au mois de mars (qu'il a terminée à la deuxième place sous les couleurs de Mapfre avec le tandem espagnol Martinez-Fernandez aux commandes, ndlr), il était très courtisé. Erwan Tabarly avait posé une option dessus pour la Jacques-Vabre, du coup l'équipe de Mer Agitée (celle de Michel Desjoyeaux, qui possédait le bateau, ndlr) avait préparé le bateau, pour qu'il soit prêt à naviguer. Erwan, malheureusement pour lui, n'a pas pu concrétiser, mais le bateau est quasiment prêt, en dehors de deux-trois légères modifications que je veux apporter. Le gros du boulot, c'est la mise aux couleurs du bateau, mais aussi le mât. Le bateau était vendu avec le mât n°2 avec lequel Mich avait fait le Vendée, nous on a racheté le mât que les Espagnols avaient construit pour la Barcelona, qui est un peu mieux. Comme il n'était pas prêt, on est en train de le préparer, on pense être à l'eau début mars dans de bonnes conditions.
Depuis le dernier Vendée Globe, plusieurs nouveaux bateaux ont été mis à l'eau, considérez-vous que c'est un handicap de partir avec un 60 pieds plus ancien ?
Je ne nourris aucun complexe sportivement. Sur le papier, j'ai peut-être un bateau qui est un peu moins bon, maintenant, certains naviguent sur leur bateau depuis deux ans, mais ils ont eu et ont des déboires, notamment au niveau structurel, alors que le bateau de Mich a quand même fait le tour non-stop sur la Barcelona, ils ne se sont pas arrêtés et ont terminé seconds sans connaître de gros soucis à bord. Je vais m'appuyer là-dessus, je ne vais pas transformer le bateau ni l'optimiser, je vais laisser les autres faire ça, c'est une base saine et fiable. Alors, certes, sur le papier, ils vont un peu plus vite, mais en solitaire, ça nivelle un peu, j'ai aussi de l'expérience du solitaire, je peux compenser par ça par rapport à certains, et puis, j'ai confiance dans ce bateau, ce n'est peut-être pas le cas de tout le monde. On est ambitieux et raisonnables. Après, vous me connaissez un peu, je ne pourrai pas m'empêcher...
Le bateau est-il proche de votre ancien Delta Dore ?
La carène, c'est la même chose. Par contre, la quille n'est pas la même, le centre de gravité est plus reculé, c'est un bateau qui était plus axé portant et tour du monde que Delta Dore parce qu'ils avaient fait des modifications. Mich avait en outre fait le choix d'un gréement avec outriggers, et à l'usage, j'ai pu constater que c'était peut-être l'arme idéale pour les manoeuvres en solitaire. C'est un bateau vraiment bien construit, raide, plus léger, un poil plus large que Delta Dore, je pense que c'est un bien meilleur bateau.
"Le plus dur reste à faire"
Comment allez-vous préparer le Vendée, en «bouffant» du mille ?
Oui, un peu comme j'avais fait sur le Figaro, mon objectif est vraiment de ne me concentrer que sur le Vendée Globe. Le Tour de l'Europe (en mai-juin en équipage, ndlr), on n'est pas dans le timing et on n'a pas le budget. On a en plus des journées de RP prévues en mai et juin, donc on ne va naviguer que pour le Vendée Globe.
En trouvant un partenaire, avez-vous l'impression d'avoir fait le plus dur ?
Non, pas forcément. Je suis hyper content d'avoir trouvé un partenaire, mais je ne suis pas dans l'euphorie, plus dans le travail, je n'ai pas pris deux jours de repos depuis le Figaro ! Et je sais que le plus dur reste à faire, ce sera pendant le Vendée Globe. Dans ma tête, je suis prêt. Il y a un côté forcément enthousiasmant de savoir qu'on sera au départ pour se «mettre sur la gueule» avec Le Cléac'h, Riou... j'ai hâte d'y être.
Le Vendée Globe, c'est la plus belle course ?
Je ne sais pas, je ne peux pas dire que quand je vais faire le Figaro, c'est la plus belle, et pareil quand je vais faire le Vendée ! Le Figaro, c'est une superbe course, maintenant, elle est un peu moins médiatique que le Vendée Globe. La notion aventure et un peu mythique de cette course existe vraiment, pas dans le Figaro. Niveau sportif, le Figaro est aussi élevé, presque plus, mais le Vendée Globe a une autre dimension, c'est une course très à part. Arriver à être au départ et la faire, c'est un peu spécial.
Vous aviez abandonné en 2008-09 à cause d'un problème de mât, abordez-vous ce deuxième Vendée Globe revanchard ?
Non, je ne suis pas trop dans cet état d'esprit, on a tiré les conclusions techniques de cette édition, et moi, je n'en ai gardé que le bon, j'étais dans le coup. Il y a quatre ans, il y avait forcément un peu d'appréhension, je ne connaissais pas, là, je suis vraiment mûr pour en découdre comme il faut. C'est plus un esprit de conquête par rapport à la prochaine édition qu'un esprit de revanche par rapport à la précédente.





