Peyron, le coup de maître
A peine plus de 45 jours et demi, soit l'équivalent d'un mois et demi, c'est le temps qu'ont mis Loïck Peyron et l'équipage de Banque Populaire V pour boucler leur tour du monde, avec à la clé le trophée Jules-Verne. Un triomphe pour le navigateur français, qui a coupé la ligne vendredi soir à Brest, dans l'euphorie générale.
Loïck Peyron, un style bien à lui de faire passer ses messages. (BPCE)
Les bouchons de champagne peuvent sans doute sauter à bord du plus grand trimaran du monde (40 mètres de coque centrale, poids de 24 tonnes, mât culminant à 47 mètres de hauteur), l'équipage mené par l'un des marins les plus titrés que compte la voile française boucle triomphalement une aventure débutée il y a plus de cinq ans sous l'égide de Pascal Bidégorry, skipper du bateau de sa mise à l'eau, à l'été 2008, à début 2011. Remercié le 9 avril sans qu'on n'en connaisse jamais officiellement la raison (le communiqué de l'époque parlait de "divergence sur la stratégie sportive à venir"), le Basque aura sans doute un immense pincement au coeur lorsqu'il assistera, de visu ou devant sa télé chez lui, à La Rochelle, à l'arrivée triomphale de ses anciens compagnons d'aventure, samedi matin à Brest, vers 10H30. Car il aura été, pour reprendre l'expression d'un de ses anciens équipiers, Jérémie Beyou, "l'élément moteur" de ce projet Jules-Verne, travaillant activement avec le cabinet d'architecte VPLP à sa conception, avant, via des premiers records (24 heures, Atlantique Nord, Méditerranée...), de le mettre au point puis de l'optimiser en compagnie d'un équipage composé par ses soins de marins certes moins connus du grand public que ne l'étaient ceux de Groupama 3, mais tout aussi performants.
Peyron, "la patte des grands"
Loïck Peyron, officiellement intronisé à son poste de skipper début juin, aura eu ensuite l'immense mérite de se fondre dans le moule avec une facilité déconcertante, apportant son immense connaissance du multicoque (il a été entre autres l'un des fers de lance de la classe Orma, remportant notamment deux Transats anglaises en multicoque, avant de disputer l'unique édition de The Race puis d'être appelé par Alinghi pour barrer le catamaran suisse lors de la dernière Coupe de l'America), son éternelle bonne humeur et sa faconde inégalable lorsqu'il s'agit de communiquer avec la terre. "Il s'est intégré comme par magie", souligne encore Jérémie Beyou qui voit dans sa manière de mener Banque Populaire V la "patte des grands".
Effectivement, car pour réussir là où Pascal Bidégorry avait échoué par deux fois (il ne s'était pas élancé en 2009-2010 faute de fenêtre météo, au contraire de Groupama 3, avant d'abandonner un an plus tard à l'approche du Cap de Bonne-Espérance à cause de la casse de la dérive), il a fallu que Loïck Peyron joue les «pères fouettards», mais à sa manière, tout en douceur, insistant constamment auprès de son équipage sur la nécessité absolue de «préserver la bête», c'est-à-dire de ne pas exploiter son potentiel à 100%, malgré les tentations d'aller toujours plus vite. L'un des adages de base de la course à la voile est que pour "pour gagner, il faut d'abord finir", le Baulois de 52 ans aura appliqué ce précepte à la perfection.
Restait enfin à avoir le petit coup de pouce des éléments, à savoir de la météo, ce qui a été globalement le cas (en dépit d'un Pacifique difficile), le travail en la matière incombant au navigateur espagnol Juan Vila et au routeur à terre, Marcel Van Triest. Parti avec une bonne fenêtre le 22 novembre, Banque Populaire V a ainsi établi des nouveaux temps de référence à chaque marque de passage de son tour du monde, empochant au passage des records sur quatre des six partiels de son tour du monde (Ouessant-équateur, équateur-Cap de Bonne-Espérance, Bonne-Espérance-Cap Leeuwin, Cap Horn-équateur). Seuls le Pacifique (le record est détenu par Orange 2 de Bruno Peyron) et l'Atlantique Nord au retour (Groupama 3) auront échappé à la boulimie de Banque Populaire V et de l'équipage mené par Loïck Peyron, qui succèdent au palmarès de ce Trophée Jules-Verne (*) à Commodore-Explorer (Bruno Peyron, 1993), Enza (Peter Blake, 1994), Sport-Elec (Olivier de Kersauson, 1997), Orange (Bruno Peyron, 2002), Geronimo (Olivier de Kersauson, 2004), Orange 2 (Bruno Peyron, 2005), et enfin Groupama 3 (Franck Cammas, 2010). Un véritable Panthéon de la course au large...
(*) Steve Fossett sur Cheyenne avait amélioré le temps d'Orange en 2004 mais s'était élancé, hors Jules-Verne, l'Américain refusant à l'époque de verser les droits d'inscription





