Galthié: "Pour moi, c'est l'inconnu"
Souriant et légèrement déboussolé par sa nouvelle prise de fonctions, Fabien Galthié a donné sa première conférence de presse, lundi après-midi, dans les locaux du Stade Yves-du-Manoir. Même s'il avoue plonger dans l'inconnu, le nouvel co-entraîneur de Montpellier semble bien décidé à suivre la ligne directrice déjà dictée lorsqu'il coachait le Stade Français. Et ce malgré le départ de Thierry Perez, à l'origine de sa venue...
Le départ de son ami Thierry Perez n'a pas changé la ligne de conduite de Fabien Galthié. (Le Midi Libre)
Figurez-vous que je n'ai pas pris de vacances. J'ai terminé mes missions pour l'Argentine à Paris (il occupait une fonction de consultant auprès des Pumas jusqu'à la dernière tournée de juin, ndlr), c'est pourquoi j'arrive seulement maintenant. J'ai enchainé sans faire de break.
Vous arrivez dans un club que vous ne connaissez pas, comment avez-vous préparé la reprise de l'entrainement ?
On a eu une petite réunion de présentation très rapide. J'ai préparé l'entrainement avec Eric Béchu (entraîneur des avants, en provenance d'Albi, ndlr), on s'est vu seulement avant que je ne parte en Argentine. On a travaillé seulement deux jours ensemble. Mais après la conférence, on va retravailler sur le contenu de l'entrainement de mardi et mercredi.
A titre personnel, c'est une nouvelle expérience sur le banc après le Stade Français. Quels sont vos objectifs maintenant que vous êtes en charge du secteur sportif du MHR ?
Faire le mieux possible, tout simplement. Dans l'exigence, il n'y a pas de limites. Les joueurs formés au club doivent avoir envie de rester. Ils doivent sentir qu'il y a une aventure à vivre. S'ils décident de rester, on aura atteint un premier objectif.
Quel regard portez vous sur le groupe actuel ?
C'est une découverte totale. Je connais un peu les joueurs les plus connus: Fufu (Ouedraogo), Julien Tomas, François Trinh-Duc et quelques jeunes. Mais c'est vraiment une découverte concernant leur talent, leur niveau, leur mentalité... Ça va aller mieux tout à l'heure sur le terrain (un entraînement ouvert au public était prévu après la conférence de presse, ndlr). Eric (Béchu) les connaît puisqu'il les a côtoyés pendant un mois. Mais pour moi, c'est l'inconnu. On m'a dit qu'il y avait un bon potentiel.
Entrainer dans un club au quotidien, c'était un besoin que vous ressentiez après avoir quitté votre poste au Stade Français ?
Non, pas nécessairement. Une passion oui ! J'ai coupé il y a deux saisons, mais j'avais continué à garder la main puisque j'ai fait deux saisons avec la sélection nationale argentine. Ce n'était pas très intense puisque l'on avait six matchs par an. Mais cela m'a permis d'entretenir cette passion. C'est donc un besoin en rapport avec la passion. Mais c'est surtout un grand plaisir de replonger là dedans.
"On doit se comporter comme des compétiteurs, même quand la situation est difficile"
Vous arrivez dans une période tourmentée pour le club ? Vous vous attendiez à un tel scénario lorsque vous aviez donné votre accord à Thierry Perez ?
Avec Eric, on est là pour l'aspect sportif, faire en sorte que l'équipe soit la meilleure possible. Quand j'ai signé, c'était avec Thierry Perez et c'est lui qui nous a fait venir, et ça je ne l'oublie pas. Mais on doit se comporter comme des compétiteurs. C'est-à-dire que lorsque la situation est difficile, il faut se montrer plus fort que lorsqu'elle est facile.
Vous avez hésité à venir après tout ce remue-ménage ?
La question ne m'a pas effleuré l'esprit. A partir du moment où l'on s'engage, on s'engage. Notamment quand c'est difficile.
Vous n'avez quand même pas choisi la facilité en signant à Montpellier...
Le discours de Thierry Perez a été une source de motivation. Je le connais depuis deux ans. On avait discuté il y a un an, mais quand j'ai su qu'Eric y allait, ça m'a fait quelque chose. Je sens une attente, je sens que les joueurs ont de l'appétit. Et ça, c'est important ! Et quand je les écoute, quand je les regarde, je sens une attente et c'est très agréable. Après, il y a la région. Je considère le rugby comme un passeport. Il te permet de rencontrer des gens, de découvrir des cultures et de visiter des lieux. Cette région me faisait envie. Ce qui est génial, c'est que je ne connais pas les joueurs, je ne connais pas l'encadrement. C'est important dans le rugby. Je déménage, toute la famille va venir vivre ici. C'est un projet culturel.
Pourquoi n'avez-vous pas repris cette activité plus tôt ?
Je m'étais engagé pour deux saisons avec les Pumas argentins. Quand on s'engage, on va au bout. Je m'étais aussi engagé pour deux saisons avec France Televisions (en tant que consultant). Je n'étais donc pas vraiment disponible.
Vous qui avez connu des conditions difficiles au Stade Français en termes d'infrastructures, travailler ici doit être un point positif ?
Oui, c'était différent. Ici, on sent que c'est un club structuré. Il faut d'ailleurs rendre hommage à toutes les personnes qui ont construit ce club et qui le compose. Il y a plus de 1 000 licenciés.
"Les joueurs doivent rapidement assimiler notre méthode et notre style"
Comment va fonctionner votre binôme avec Eric Béchu ?
Je ne sais pas pour le moment. On va essayer de faire le mieux possible. C'était mon éducateur quand j'étais petit. C'est une belle histoire. (Eric Béchu, présent, intervient soudainement): C'est une collaboration qui nous a effleuré l'esprit depuis longtemps. L'opportunité ne s'était jamais présentée. C'est une affaire d'opportunité. Je suis ravi de travailler avec Fabien. On se connaît depuis 25 ans, à l'époque où il jouait en cadet avec Colomiers. Nous sommes restés très proches. Néanmoins, nous devons trouver la manière avec laquelle on va fonctionner avec Fabien. Le staff ne se résume pas à Galthié et Béchu. Il est large.
Fabien, ressentez-vous une certaine pression à un mois du début du championnat ?
Oui, si vous voulez. Moi j'appelle ça du plaisir. Le calendrier est lourd, il est assez dense puisque l'on va jouer d'entrée le vice champion d'Europe (Biarritz), puis une machine avec le Racing. Et après, on enchaîne avec le vice-champion de France (Perpignan), le champion d'Europe (Toulouse) et le champion de France (Clermont). Il faut bien les jouer... On va essayer de faire le mieux possible, on verra bien ce qu'il arrivera. Néanmoins, c'est sur une longue durée qu'il faudra juger. Il faut être serein mais solide.
Le début de saison risque donc d'être décisif ?
Tout est décisif. Le début comme la fin. Ça ne sert à rien de se mettre la pression sur les cinq premiers matches. Ça serait même une erreur de la mettre aux joueurs et de les obliger à réussir. L'ambition vient de l'intérieur, vous la verrez sur le terrain.
Quel sera la philosophie de jeu prônée par le tandem Galthié-Béchu ?
On est tous les deux nouveaux au club. Les joueurs doivent assimiler rapidement notre méthode, un style, un collectif, une stratégie, des repères. Notre échéance, c'est Biarritz et ça va aller vite, il ne faut pas perdre de temps en route. Il y a trois matchs amicaux, mais d'un côté la fraicheur et l'appétit doivent combler le manque de repère. On souhaite tous les deux mettre en place une équipe structurée et organisée, une équipe intelligente, qui n'est pas enfermée dans ses choix et dans ses options, une équipe dynamique qui propose de la variété dans son jeu, une équipe qui s'adapte aux nouvelles règles, puisque celles-ci vont changer la physionomie des matchs.
Le stage à Saint-Girons, à partir de jeudi, va vous permettre de vous retrouver tous ensemble une première fois loin de vos bases. Qu'allez-vous y rechercher ?
La pêche (rires) ! Il y a plein de choses à faire à Saint-Girons. Non, on va s'entrainer, il y aura une course en montagne très physique. C'est un stage d'entraînement chargé en rugby, nous sommes quand même à un mois du début de championnat !





