Au nom de la Rose
Moribond et incapable d'élever son niveau de jeu depuis son entrée dans le Tournoi des 6 Nations, le XV de la Rose compte bien jouer son rôle de trouble-fête en empêchant les Bleus de réaliser le Grand Chelem. Malgré l'absence de Jonny Wilkinson, relégué sur le banc, les Anglais ont toujours réussi contre ses meilleurs ennemis, ces derniers temps.
Steve Borthwick (au centre) débutera la rencontre face au XV de France. Pas Jonny Wilkinson. (Reuters)
Comme Chabal, Julien Bonnaire a connu bien des déboires face aux Anglais au fil des "crunchs", même s'il en sort avec un bilan équilibré de quatre victoires et quatre défaites. Pour le troisième ligne de Clermont, il n'y a "rien de compliqué" dans le jeu du XV de la Rose. "C'est très simple et efficace avec une grosse intensité devant, ils portent beaucoup le ballon, ils font énormément de pick-and-go. Ils pilonnent jusqu'à ce que la défense en face lâche, il ne faudra pas subir. Pour nous, ça va être un gros défi, on sait qu'il faudra répondre présent si on veut pouvoir donner quelques ballons à nos trois trois-quarts", ajoute-t-il. "Il y aura des espaces aussi il ne faudra pas hésiter à jouer, mais il faudra d'abord faire le boulot devant." C'est entendu. Mais Bonnaire de prévenir malgré tout: "S'ils peuvent nous priver d'un grand chelem ils le feront avec grand plaisir."
Wilkinson: "Les Français ont beaucoup à perdre"
Tout est là, perdue pour perdue, cette équipe d'Angleterre, après avoir frisé la correctionnelle en Italie (17-12), sombré à Twickenham face à l'Irlande (16-20) et buté sur le Chardon écossais à Murrayfield (15-15), se verrait bien entraîner dans sa chute son rival honni, ce XV de France qui, samedi, peut non seulement décrocher la timbale dans ce Tournoi, mais en plus entrer dans l'histoire en signant le Grand Chelem. Le risque est bien réel, comme le mesure un Imanol Harinodoquy qui, avec six défaites en huit "crunchs" disputés, dont les demi-finales des Coupes du monde 2003 et 2007 et le cuisant revers (34-10) du Tournoi 2009, a payé pour savoir que lorsqu'"ils ne sont pas bien, on est toujours là pour les relancer."
C'est pourtant le fantôme du vice-champion du monde sortant, qui se présente samedi, au Stade de France, avec à sa tête un Martin Johnson dont le bilan de... huit victoires en dix-huit matches depuis sa nomination ressemble de plus en plus à un faire-part d'enterrement. Et pourtant, "Johno" sait mieux que quiconque à quel point cette équipe d'Angleterre peut tirer profit de ce climat si particulier du "crunch". "Ils sont l'équipe en forme du tournoi. Mais nous sommes une formation d'internationaux qui jouons pour l'Angleterre et nous voulons sortir une bonne performance (...). Ils ont beaucoup à perdre, car ils peuvent perdre le Grand Chelem (...). Nous avons beaucoup à perdre à chaque fois que nous jouons pour l'Angleterre". Même dans la tourmente, l'orgueil et la fierté parlent toujours chez les voisins de l'Albion...
Et ce même si la pression médiatique et populaire outre Manche a eu raison du plus emblématique des joueurs anglais, un Jonny Wilkinson sacrifié par Johnson au profit de Toby Flood. Les éditorialistes et autres commentateurs ont fini par avoir la tête de l'idole, à l'image de l'ancien ouvreur international, Stuart Barnes, consultant en vue, qui a salué cette décision. "C'est un choix courageux", a-t-il déclaré, tout en regrettant qu'elle intervienne bien tard. "Non seulement Jonny ne jouait pas bien, mais il symbolisait les difficultés de l'Angleterre". A l'entendre, l'Angleterre d'un Toby Flood à la baguette serait plus portée sur l'offensive. "Je préfère que l'Angleterre perde 40-20 en jouant un rugby d'attaque que 15-9 après avoir tenté de limiter les dégâts".
Lièvremont: "Il y aura d'abord du combat"
Pour Marc Lièvremont pourtant, rien n'y fait. "L'Angleterre a toujours joué le même rugby. On sait très bien qu'il y aura d'abord du combat, beaucoup de jeu au pied de pression. On s'attendait au retour de Simon Shaw qui est la poutre, la pierre angulaire du pack anglais. Ils nous ont mis une troisième-ligne puissante, pénible, expérimentée. Il y a aussi le retour de Mike Tindall pour muscler le milieu de terrain. Les Anglais annoncent la couleur..."
Flood, lui, en tout cas, ne perd pas l'essentiel de vue lorsqu'il affirme sur la BBC: Ils ont probablement une chance de gagner ce Grand Chelem. Mais si nous pouvons les embêter et les calmer en mêlée, nous aurons une chance de victoire. Immuable France-Angleterre...





