Vous avez dit football total ?
Les Pays-Bas ont brutalement plongé dans le silence dimanche soir après la défaite (1-0) des Oranje en finale de la Coupe du monde contre l'Espagne. Avec un peu de recul, c'est la philosophie de jeu néerlandaise, héritée du football total de Rinus Michels avec Johan Cruyff, qui a volé en éclats. Ou comment sacrifier un concept basé sur l'offensive et le mouvement au profit d'une soi-disant efficacité.
Bert van Marwijk, Arjen Robben et Mark van Bommel juste après la défaite des Pays-Bas. (Reuters)
"Les deux équipes ont commis des fautes et c'est peut-être regrettable pour une finale, ce n'est pas notre style, mais quand vous jouez un match, c'est pour le gagner. J'aurais aimé remporter ce match même sans pratiquer un beau football", a tenté de justifier Van Marwijk après la rencontre. Cet aveu signe la fin d'une époque pour les Pays-Bas, celle du jeu en mouvement instauré par le mythique entraîneur Rinus Michels lors de son passage à la tête de la sélection néerlandaise, finaliste du Mondial 1974 en Allemagne. Son élève, Johan Cruyff, a adapté ce style de jeu lors de son passage sur le banc du FC Barcelone (1988-1996). Avec succès puisque sous ses ordres le club catalan a remporté la Coupe des clubs champions en 1992, période également marquée par quatre sacres en Liga.
Mais qu'est-ce que le football total ? C'est une occupation du terrain parfaite et un mouvement perpétuel des joueurs, dans l'optique d'offrir une solution au porteur de balle. Les déplacements des joueurs, avec ou sans ballon, sont incessants. Un pressing très haut étouffe l'adversaire, dans un 4-3-3 qui permet d'étirer le bloc sur toute la largeur du terrain. Les latéraux participent activement au jeu et doivent proposer constamment des appels. Pour rappel, Johan Neeskens, joueur incontournable à l'époque, avait épaté lors du Mondial 1974 en inscrivant cinq buts en tant que milieu défensif. Michels, lui, s'est servi de l'Ajax Amsterdam pour mener ses "expériences". Avec succès également.
Van Marwijk: "Le but était de gagner, pas d'offrir un beau spectacle"
La version 2010 de l'Espagne comporte une forte connotation barcelonaise, avec sept joueurs évoluant depuis plusieurs saisons au Barça (Victor Valdes, Piqué, Puyol, Busquets, Iniesta, Xavi et Pedro). Auxquels il convient d'associer le milieu d'Arsenal Fabregas, passé par la Cantera, le centre de formation du club, et David Villa, qui jouera pour Barcelone la saison prochaine. Si bien que l'héritage de Cruyff et Michels a trouvé son prolongement dans la sélection espagnole de Del Bosque. Pour Van Marwijk, l'essentiel est ailleurs, surtout dans la rigueur tactique: "Tactiquement, nous avons fait du bon travail, l'équipe était bien en place. Le but était de gagner, pas d'offrir un beau spectacle. Même si ce n'était pas ce que les gens espéraient pour une finale, il y avait de l'intensité."
Le technicien batave avait pourtant à sa disposition de sacrés manieurs de ballon, comme Sneijder, Robben, Van Persie et Van der Vaart. Mais c'est la rugosité de Van Bommel, De Jong et Heitinga qui restera, malheureusement, dans les mémoires de cette finale perdue. Comme le symbole d'une époque révolue. "Je ne pense pas que l'arbitre ait bien contrôlé le match", estime Van Marwijk. Avant d'avouer à juste titre: "Mais que les choses soient claires: la meilleure équipe a gagné." L'Espagne est en effet la référence sur la planète football depuis plus de deux ans. Les Pays-Bas, eux, ne le sont plus depuis bien longtemps.






