Domenech, bon vent !
Jusqu'au bout, il aura été pathétique. A l'issue d'une dernière conférence de presse hallucinante, Raymond Domenech a rendu son tablier de sélectionneur après six années passées à la tête des Bleus. Entre son bilan affligeant, ses choix douteux et son image de provocateur arrogant, personne ne regrettera le Lyonnais qui symbolise à lui tout seul les errements tricolores depuis le début de son mandat en 2004.
Raymond Domenech aura vécu un dernier match particulier à la tête des Bleus. (Reuters)
Au lendemain d'une piteuse élimination dès le premier tour de la Coupe du monde avec la dernière place d'un groupe A, pourtant très moyen, et un seul point au compteur, le bilan est dramatique. Tout au long de la compétition, les observateurs, toutes nationalités confondues, n'ont eu de cesse de répéter la même question : comment une somme d'individualités aussi impressionnante peut-elle délivrer une copie collective aussi médiocre ? La question a souvent été posée en ces termes à Raymond Domenech. Au fil des mois, des années, il n'a jamais répondu, ni par les mots ni par les actes en apportant des solutions sur le terrain.
Le souci de protéger ses joueurs
Le sélectionneur national estimait encore mardi soir lors de la conférence de presse d'après match que l'heure n'était pas «encore au bilan mais à la tristesse», «qu'à chaud, ce n'est pas bon d'expliquer six ans en équipe de France» ou qu'il a «vu des choses intéressantes», pour le coup c'est bien le seul, les critiques, logiques, accompagnent un bilan d'une tristesse infinie. Le bilan, il ne le dressera donc pas en public puisque contrairement à 2008, il n'est pas passé par une ultime conférence de presse au camp de base...
Cela ne changera pas grand-chose à une image réduite à néant par des années d'arrogance et de provocations. Les joutes verbales, Raymond Domenech les a longtemps utilisées pour masquer les vrais problèmes de l'équipe de France, pour détourner l'attention publique du sujet initial et finalement le seul qui compte vraiment : le foot. Qui ne se souvient pas de cette demande en mariage totalement ahurissante au soir d'une défaite face à l'Italie synonyme de la dernière place du groupe B de l'Euro 2008... Cette fois, il a tout simplement refusé de serrer la main de Carlos Alberto Parreira, l'entraîneur de l'Afrique du Sud, qui aurait critiqué les Bleus après la qualification face à l'Irlande. Parreira n'a pas compris, le monde du football non plus.
L'ennemi public numéro un
Cette Coupe du monde 2010 représente le paroxysme du rejet des joueurs envers ses méthodes et plus directement, sa personne. Nicolas Anelka, ulcéré de jouer en pointe dans un système qui ne lui convient pas et qui ne convient pas aux Bleus finit par craquer et l'insulter à la mi-temps de la rencontre face au Mexique, Florent Malouda qui explique en zone mixte que cela aurait très bien pu être lui tellement ma pression était forte. Un Malouda avec qui le courant ne sera jamais vraiment passé, le joueur de Chelsea, rejeté pendant de longs mois pour avoir osé donner son avis dans une interview, qui découvre un soir de match, en septembre dernier face à la Roumanie, qu'il n'est pas sur la feuille de match en s'apercevant qu'il n'y a pas de maillot pour lui... La grande classe.
On pourra aussi se souvenir de la déception de Patrick Vieira, ancien capitaine, même pas prévenu qu'il ne ferait pas partie du groupe des 23 et qui apprend la nouvelle sur un plateau télé en direct. Un Raymond Domenech jusqu'au boutiste qui aura également, durant l'Euro 2008, démonté en pièces William Gallas, devant une assemblée médusée, au lendemain du passage devant la presse du défenseur coupable d'avoir émis une idée tactique trop directe. Les anecdotes ne manquent pas et elles suffisent à comprendre comment l'écart s'est creusé avec un groupe qui l'a définitivement lâché lors de ce Mondial avec le refus de prendre part à un entrainement public au lendemain de l'exclusion de Nicolas Anelka (sans doute loin d'être aussi unanime que ce que le groupe a laissé entendre). L'entraîneur qui lit le communiqué de ses joueurs frondeurs, cela représente l'image ultime d'un divorce prononcé depuis trop longtemps pour que cela n'ait pas de conséquences.
L'ultime coup de poker (6 changements face à l'Afrique du Sud) pour ce bluffeur patenté n'a rien changé à l'histoire. Les Bleus quittent le Mondial la tête basse, sportivement humiliés et forts d'une image plus trouble que jamais. Cette Coupe du monde restera comme l'échec d'un système, celui de Raymond Domenech.






