Laurent Blanc, un Président réélu à une large majorité

Laurent Blanc, un Président réélu à une large majorité©PANORAMIC, Media365
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, publié le dimanche 13 mars 2016 à 17h00

Laurent Blanc a démarré sa carrière d'entraîneur en 2007. Depuis, il a remporté quatre titres de champion de France, avec Bordeaux puis le PSG. Malgré cela, certains restent sceptiques sur le talent du Président alors que le jeu et les résultats de ses formations plaident pour lui.

Laurent Blanc l'a confirmé en décembre dernier. Il ne fera pas long feu dans le costume d'entraîneur. Après avoir démarré cette deuxième carrière à 41 ans, le voilà bardé d'un palmarès national plus qu'étoffé. Et celui-ci aurait pu l'être encore plus s'il n'avait pas mené la destinée de l'équipe de France pendant deux ans, relevant le terrible challenge de l'après Knysna avant de s'en aller après un quart de finale lors de l'Euro 2012. Un résultat loin d'être infamant. A 50 ans, le « Président » vient de remporter son quatrième titre de champion de France en six saisons. De quoi vous poser un homme. Grâce à ce parcours hors-norme, Laurent Blanc dépasse les trois titres de son ex-coéquipier en Bleus, Paul Le Guen (trois titres), et de ses ex-sélectionneurs, Gérard Houllier et Aimé Jacquet (trois titres chacun). Il égale les quatre titres de Robert Herbin avec Saint-Etienne et de Lucien Leduc avec Monaco. Et en prolongeant au PSG, il pourrait même aller approcher le record national de l'intouchable Albert Batteux, entraîneur du grand Reims sacré huit fois. Finaliste de la C1 en 1976 à la tête des Verts, Robert Herbin avait voté pour Laurent Blanc comme entraîneur de l'année la saison dernière et avait justifié son vote dans France Football de cette manière : « Blanc possède un effectif étoffé mais je sais ce que c'est d'avoir de forts caractères sous la main et il ne s'en tire pas mal. »

Une défaite et tout le monde attaque Blanc
Pas mal et même un peu plus que cela. Depuis le début de saison, Blanc a dû gérer l'intégration de Di Maria, en perdition à Manchester United. L'Argentin revit. Blanc a dû gérer le spleen d'Ibrahimovic après une saison dernière ralentie pas les blessures et dont le départ pour Milan était évoqué. Le Suédois réalise l'une des meilleures saisons de sa carrière. Blanc a dû gérer le cas Serge Aurier, qui a insulté des coéquipiers et son entraîneur sur une vidéo. Le vestiaire n'a pas explosé. Blanc a dû gérer la mise à l'écart du onze de Salvatore Sirigu, très apprécié du vestiaire au profit d'un gardien prometteur mais un peu gaffeur. L'équipe tourne toujours. Quant au terrain, tout le monde aujourd'hui s'accorde à dire que le PSG gagne et séduit, remplissant les deux missions fixées par les propriétaires de Doha, forcés à le prolonger tant tout allait bien du côté du PSG cet hiver. Pourtant, il suffit d'une défaite ou même d'un nul pour que la presse ou certaines personnes dans le milieu s'en prennent à Laurent Blanc. Jugé trop hautain par certains, trop professoral par d'autres, le coach agace. On lui reproche de ne pas être un entraîneur à l'ancienne, déléguant beaucoup à son staff. Ce qui explique pourquoi Jean-Claude Suaudeau ou Michel Le Milinaire, deux des grands entraîneurs français des années 1980, n'ont même pas jugé bon de l'inscrire dans le top 5 des entraîneurs de l'année fin 2016.

La gestion humaine comme leitmotiv
Laurent Blanc en effet délègue beaucoup. Il ne s'est pas contenté en fin de carrière de passer ses diplômes d'entraîneur. Il fut l'un des premiers à s'inscrire au Centre de droit et d'économie du sport CDES à Limoges, laissant au directeur Jean-Pierre Karaquillo, interrogé alors par Le Monde, un souvenir formidable. « Il s'est montré ouvert, motivé, d'une capacité d'adaptation extraordinaire. Et il s'est attaqué immédiatement au plus dur : la gestion de groupe. Après, tout le monde est capable de s'occuper de la tactique et du physique. » Après avoir pas mal bourlingué comme joueur, Blanc a retenu les leçons des petits clubs familiaux, comme Nîmes ou Auxerre, mais celles aussi des franchises bouillantes que sont Marseille ou Naples. Enfin, il a vu de près ce que signifiait vivre dans un grand club ou l'effectif n'est constitué que de grands noms, appelés à être autant concurrents que coéquipiers à Barcelone, l'Inter Milan ou Manchester United. Et dans chacun de ces clubs, Blanc a marqué son passage, laissant un grand souvenir à ses partenaires, à ses entraîneurs (dont Alex Ferguson) et ses dirigeants. Pas étonnant dès lors qu'il délègue le terrain à ses adjoints, et notamment au fidèle Jean-Louis Gasset. Ce qui l'intéresse, c'est la gestion humaine, comme il n'a cessé de le rappeler cette saison.

Un entraîneur proche de ses joueurs
Joueur, déjà, Blanc aimait s'intéresser à ses partenaires. Très apprécié, car moins austère que l'image qu'il dégage aujourd'hui en public, le Cévenol a toujours marqué par son humanisme tant qu'il ne sent pas trahi. Le jour de la finale de la Coupe du Monde 1998 dont il est privé pour s'être emporté envers un joueur croate en demi-finale, Blanc joue son rôle d'assistant du staff à merveille. Il ne répond pas à Leboeuf qui s'est félicité maladroitement de l'absence de son coéquipier, il va voir Zidane et le motive en quelques mots bien sentis… Et quelques minutes avant le coup d'envoi, il vient déposer le baiser porte-bonheur sur le crâne de l'ami Barthez. On comprend mieux pourquoi Aimé Jacquet tenait tellement à lui et à Didier Deschamps, ses deux relais sur le terrain mais aussi dans le groupe, ceux qu'il voyait déjà devenir entraîneurs plus tard. Homme de bande, le Président sait s'intéresser à chacun, même si parfois sa proximité avec les joueurs et son indolence naturelle laissent croire à un manque d'autorité. Ce fut le cas à Bordeaux, après avoir laissé ses Sud-Américains rentrer tardivement de vacances, ou à Paris jusqu'au stage au Maroc de la saison dernière, où il a repris la main sur son groupe. A force de déléguer, certains voient en lui quelqu'un qui travaille trop peu.

Blanc n'a pas apprécié son traitement
Et à force d'être critiqué, Blanc s'agace. Régulièrement en conférence de presse, il s'en prend directement aux journalistes. S'il dit ne pas lire la presse, il reconnaît ses interlocuteurs lors des points-presse et n'hésite pas à les rudoyer. Souvent avec un sourire en coin. Dernier exemple en date à Londres après le succès face à Chelsea : il ironise sur le fait qu'on lui demande si c'est lui qui demande à Di Maria de dézoner : « Vous croyez qu'on ne travaille pas ? » lâche-t-il fermement. Homme fier et rancunier, Blanc n'a pas apprécié son traitement, comme il n'avait pas aimé celui qui avait succédé à ses propos plus que maladroits sur les quotas dans la formation. On lui laisse en effet beaucoup moins passer de choses qu'à Ancelotti, son prédécesseur. S'il n'a rien contre l'Italien, il n'hésite plus à ironiser sur le côté charmeur qu'avait Don Carlo. Et Blanc n'a pas aimé qu'on fasse de lui un choix par défaut.

Le vestiaire admire sa carrière
Dans un de ses derniers ouvrages, Guy Roux, qui avait relancé la carrière de joueur de Blanc, écrit : « Quand la direction du Paris Saint-Germain pataugea, en juin 2013, pour trouver un remplaçant à Carlo Ancelotti au poste d'entraîneur, j'ai été sidéré par l'aveuglement qui le frappait. Elle hésitait entre quatre ou cinq Italiens (…) Bref, elle tournait pas mal en rond et brassait beaucoup d'air. Elle semblait ne pas imaginer un seul instant qu'un entraîneur français puisse répondre au profil recherché. C'est dommage : elle l'avait sous la main dès le départ ! J'ai assuré à l'époque, en répondant aux questions du Parisien-Aujourd'hui-en-France, que Laurent Blanc possédait tous les atouts pour succéder à Carlo Ancelotti. J'avançais trois raisons. Blanc a l'estime des joueurs qui respectent sa carrière de champion du monde et de joueur de premier plan passé dans les plus grands clubs européens. Il possède toutes les qualités requises d'entraîneur de haut niveau, sur le plan technique comme sur le plan psychologique. Enfin au sein d'un vestiaire polyglotte, il parle français, italien, espagnol et anglais, et peut donc se faire entendre et comprendre par tous les joueurs. » Il n'y a d'ailleurs que Serge Aurier que Blanc ne semble pas maîtriser...

Premier entraîneur français vainqueur de la Ligue des Champions ?
Aujourd'hui, en remplissant tous ses objectifs nationaux et en faisant du PSG une équipe crainte au niveau continental grâce à ses performances face à Chelsea ou au Real Madrid, Blanc a démontré que son formidable passage à Bordeaux, champion de France et quart de finaliste de la Ligue des Champions, n'était pas un accident. Les résultats de Deschamps avec les Bleus démontrent également que son passage en sélection n'était pas aussi inexplicable que ça. Il lui reste maintenant à devenir le premier entraîneur français vainqueur de la Ligue des Champions. Ce jour-là, peut-être aura-t-il envie de régler ses comptes avec ceux qui ne croyaient pas en lui. Ou alors plus finement, il fêtera ça en catimini, à l'image de cette improbable fin de soirée du titre 2015. Alors que le feu d'artifice bat son plein, Blanc s'extirpe du terrain pour répondre aux obligations des médias. Rarement à l'heure, il est cette fois dans les temps et s'installe devant deux journalistes, dont un de notre rédaction, les autres suiveurs étant restés assister au spectacle, informés auparavant que les joueurs passeraient en interviews après les festivités. Alors que tant d'entraîneurs auraient aimé partager le bonheur d'un titre à travers toute la France via les médias, Blanc est bien là et souhaite répondre à nos seules questions, satisfait d'avoir feinté ses habituels détracteurs.

Un dernier bout de chemin à Paris avant l'étranger ?
Ainsi est Laurent Blanc, peut-être le plus grand entraîneur français de l'histoire avec Albert Batteux, Aimé Jacquet, Robert Herbin ou Arsène Wenger... Une histoire qu'il souhaite courte mais qu'il entend bien continuer à écrire dans l'encre des champions. A Paris puis sans doute une dernière fois à l'étranger, dans un autre grand club, histoire de démontrer de quel bois il est fait... « Plus qu'un projet, j'ai besoin d'un challenge, affirmait-il dans France Football en décembre. Je suis dans cette compétition, celle qui te pousse aussi à partir si tu ne réalises pas les objectifs. C'est cette vie d'entraîneur que j'ai choisie. Je voulais être très ambitieux en faisant ce métier (…) Mais je peux vous réaffirmer que je ne m'éterniserai pas. Je ne me vois pas du tout à soixante-cinq ans sur un banc. Je veux peut-être essayer de faire autre chose. Dirigeant de club, peut-être. » Le message est passé, forcément.

 
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