Christophe Uldry met la pression sur le PSG pour le « Ici c'est Paris »

Christophe Uldry met la pression sur le PSG pour le « Ici c'est Paris » ©PANORAMIC, Media365
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, publié le jeudi 11 février 2016 à 13h10

Ancien président des Supras Auteuil, association de supporters du PSG dissoute en 2010, Christophe Uldry nous détaille les raisons du conflit avec les dirigeants actuels du club autour de la marque « Ici c'est Paris ». Il en appelle à leur bon sens pour sortir par le haut de cette histoire.

Christophe Uldry, quelle est la genèse du « Ici c'est Paris » ?On a créé le chant avec les Supras Auteil en 2001, avant que le speaker du Parc ne commence à le reprendre quelques années plus tard. Ça a bien pris avec tout le public. Mais avant même la création du chant, en 2000, des petits malins ont déposé le nom « Virage Auteuil » à l'INPI (Information sur la propriété industrielle en France) et se sont présentés devant un ancien président du groupe en disant qu'il faudrait leur donner de l'argent à chaque fois qu'on sortirait du matériel. Un jour de 2008, cet ancien président du groupe s'est retrouvé devant l'INPI à sept heures du matin parce que la période de protection du nom « Virage Auteuil » arrivait à son terme. Il a déposé « Virage Auteuil » et « Supras Auteuil », mais aussi « Ici c'est Paris », parce qu'on ne voulait pas qu'on vienne nous faire le même coup. C'était pour protéger le chant de la moindre tentative de récupération.

Que s'est-il passé suite à la dissolution des Supras Auteuil en 2010 ?On a transféré les droits de tout notre patrimoine matériel et immatériel à une association du même genre, comme le veut la loi. Les droits sur la marque « Ici c'est Paris » en faisaient partie. Le PSG a commencé à utiliser très largement le slogan, comme des marques de streetwear, des rappeurs ou des supporters. On ne réclamait rien à personne, on ne l'exploite pas nous-mêmes. Quand on l'a protégé, le but était d'éviter que des quidams ne se l'approprient et on n'était pas là pour gratter de l'argent. Le PSG faisait ce qu'il avait à faire, on laissait courir et ça nous allait très bien, puisque ça fait partie du patrimoine commun du club.

A quel moment cela a-t-il basculé dans le conflit ?Le PSG, qui a déposé le nom « Ici c'est Paris » au niveau européen, s'est aperçu en 2014 qu'il exploitait une marque protégée l'échelon français. On a finalement reçu en septembre 2015 un courrier du PSG, par le biais de son cabinet d'avocats, nous invitant à lui céder la marque contre 2 000 euros, sous peine d'un procès en déchéance de marque parce qu'on ne l'utilise plus depuis cinq ans. Ce qui est vrai, puisqu'on est dissous et que notre domaine, c'était la vente au Parc, qui était notre principal source de financement à l'époque. On a répondu au club que ça faisait déjà plusieurs années qu'il exploitait notre marque, en contrefaçon de nos droits. On leur a dit qu'on était prêt à oublier le procès en contrefaçon si eux oubliaient la déchéance de marque.

« Le club veut nous faire les poches »
Quel est l'objectif du procès que vous intentez aujourd'hui au PSG ?A notre avis, cette marque doit rester accessible à tout le monde, c'est pour ça qu'on ne veut pas lui céder. On ne demande pas d'argent, mais on est contre l'appropriation monopolistique par le PSG d'un slogan qui ne lui appartient pas. On veut que tout le monde puisse continuer à l'utiliser. Le club nous a même proposé 10 000 euros par la suite, il n'a visiblement pas compris que ce n'était pas une question d'argent. On a continué à négocier avec le cabinet d'avocats, parce qu'on n'a jamais eu de contact direct avec le club. On a envoyé des courriers en espérant une réponse de Nasser Al-Khelaïfi, elle n'est jamais venue. Ils nous ont finalement assignés en déchéance de marque et on a assigné le PSG en contrefaçon. Sachant que notre but, c'est toujours le même : on veut garder « Ici c'est Paris » dans le patrimoine commun des supporters. Pour que ce soit ni la propriété exclusive du PSG, ni la nôtre.

Avez-vous une chance de remporter ce procès ?C'est loin d'être perdu, parce que ça soulève tout un tas de questions de droits. On fait le parallèle avec « Je suis Charlie », à notre échelle bien sûr, celle du PSG. L'INPI avait refusé l'enregistrement de cette marque en disant qu'elle appartenait au patrimoine commun des Français. On va s'appuyer là-dessus pour dire que le « Ici c'est Paris » fait partie du patrimoine commun des supporters du PSG. Si on est déchu de cette marque et qu'elle appartient à tout le monde, ça nous ira très bien. On fait un procès en contrefaçon. On a demandé une provision de 50 000 euros au PSG, plus des astreintes. Mais en fait, c'est juste pour évaluer le préjudice et faire pression sur les dirigeants, même si ce n'est qu'une piqûre de moustique avec les moyens qu'ils ont.Qu'espérez-vous de la part du club désormais ?Si le PSG nous disait demain qu'il est allé trop loin et qu'il opte pour un statu quo pour continuer comme c'était avant, ça nous irait très bien. On veut juste que le club ne vienne pas piller la culture « supporters ». Il l'a déjà fait avec d'autres choses qui appartenaient à la tribune, comme les chants « Ensemble nous sommes invincibles » ou « Ô Ville Lumière ». On ne réclamait rien, mais on a été surpris. Le club nous a poussés dehors, a poussé pour notre dissolution et veut aujourd'hui nous faire les poches.

« On est le passé, on ne réclame rien»
C'est d'autant plus étonnant que le PSG semble, par certains de ses actes, vouloir faire table rase de l'histoire des tribunes du Parc des Princes... Exactement. Mais ils ne sont pas bêtes. Les dirigeants ont essayé d'instaurer d'autres slogans, comme « Dream Bigger ». Tu n'en entends plus du tout parler, parce que ça n'évoque rien à personne. Pourquoi « Ici c'est Paris » parle à tout le monde ? Tu n'as pas besoin de dire ni PSG, ni Parc des Princes, et pourtant, ça rappelle tout de suite aux gens les grosses ambiances quand on était encore là. Ce slogan n'a un intérêt commercial pour eux que parce qu'il a une histoire. Mais c'est notre histoire.

Quel est votre sentiment vis-à-vis des dirigeants du PSG ?J'aimerais bien que les dirigeants aient de l'éducation, qu'ils commencent à respecter les supporters du PSG. Ce qui nous arrive là, ce n'est pas une première. On aimerait bien que les gens qui aiment ce club, que ce soient des anciens dirigeants, des anciens joueurs ou des joueurs actuels, aient une convergence de points de vue pour faire pression. Dans le club, il y a deux courants : un est pour le statu quo de la situation actuelle et un autre voudrait construire sur de nouvelles bases avec les supporters après l'Euro 2016. On aimerait qu'une pression s'opère pour que ça bascule du bon côté. Nous, on est le passé, on ne réclame rien. Il faut le faire avec les supporters actuellement au Parc, ce sera très bien. Ils y arriveront. Même s'ils n'ont pas d'expérience et que ça va demander du boulot, ils sont capables de le faire. Mais il faut que les gens qui aiment ce club disent aux Qataris : « ça suffit ! ». Il n'y a pas que le business dans la vie.

Avez-vous la sensation que le PSG perdrait une occasion de sortir de cette histoire par le haut en ne saisissant pas la perche que vous lui tendez ?Ce serait un bon message à envoyer aux supporters actuels du club, de montrer que le PSG est prêt à changer d'état d'esprit. C'est bien de respecter ceux qui viennent au Parc. Maintenant, il faudrait aussi savoir respecter les anciens, qui ont fait l'histoire du club. Les nouveaux en prendraient acte et seraient forcément contents. L'équipe a fait preuve de valeurs sur le terrain depuis le début de la saison. Ils font preuve d'abnégation et d'humilité, ils ne lâchent pas un match, contrairement à ce que pourraient faire des grandes stars. Si tu compares avec les actions des dirigeants, on est loin de ces valeurs. On espère que le club saura changer son fusil d'épaule, pour passer à une plus grande histoire avec ses supporters. C'est un message d'espoir qu'on délivre.

 
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