Pays-Bas, tout à l'égo

C'est une grosse désillusion pour la sélection de Wesley Sneijder. (Reuters)

C'est une grosse désillusion pour la sélection de Wesley Sneijder. (Reuters)

Nation forte du football mondial depuis plusieurs années, la Hollande a quitté le championnat d'Europe par la petite porte, dimanche soir, avec trois défaites en autant de rencontres. Trois facteurs majeurs expliquent ce fiasco retentissant entre une défense friable, des joueurs aux égos surdimensionnés et un sélectionneur dépassé.

Une défense pas au niveau
Face au Portugal, la friabilité défensive des Pays-Bas a sauté aux yeux. Alors que les Néerlandais ont semblé démarrer la rencontre par le bon bout, l’équipe est bien vite apparue coupée en deux, et les Portugais, emmenés par un Cristiano Ronaldo déchaîné, ont bien vite profité des espaces et errements adverses. Il y a d’abord cette charnière Mathijsen-Vlaar, qui n’offre que trop peu de garanties. Interrogé par La Dernière Heure, Patrick Kluivert note ainsi que son pays manque de défenseur de métier: "Des Hazard, les Pays-Bas en ont assez. Un Vertonghen (le capitaine belge de l'Ajax, ndlr), par contre, il pourrait donner un fameux coup de main à cette équipe des Pays-Bas. C'est un vrai défenseur qui pense en premier lieu à sa tâche défensive", explique l’ancien attaquant.

Et si la charnière bat un peu de l’aile, les latéraux sont eux complètement à la rue. Il y a d’abord Van der Wiel à droite, qui sort d’une saison médiocre avec l’Ajax, et s’est fait littéralement manger par Ronaldo sur le dernier match. De l’autre côté, en l’absence de Pieters, blessé, et Emmanuelson, écarté, c’est Willems qui a d’abord fait la une des gazettes en devant le plus jeune joueur à disputer un Championnat d'Europe des nations à 18 ans et 71 jours. Une jeunesse qui s’est un peu trop vu une fois sur la pelouse, avec une bonne pelletée d’erreurs. "Arrière latéral est le poste le plus compliqué au niveau du positionnement. Il faut penser à beaucoup de petites choses. Cela s'apprend. Et je ne sais pas si l'Euro est le bon moment pour apprendre…", regrette d’ailleurs Wilifried Bouma, qui convoitait le poste, dans les colonnes de De Telegraaf.

Des egos trop forts
Il y a deux ans, les Pays-Bas étaient fiers de réussir à enchaîner les victoires, malgré les divergences au sein de leur collectif. "Il ne faut pas nécessairement être tous copains pour jouer ensemble", note Sneijder. Cette année, Van Persie, Sneijder, Robben et les autres n’ont pas su recréer cette drôle d’alchimie, et les egos se sont montrés trop prégnants pour faire repartir la machine oranje. Robben a une nouvelle fois mangé bon nombre de ballons, traversant cet Euro comme un fantôme solitaire, Huntelaar a lui fait la gueule lors des deux premiers matches pour avoir pris place sur le banc, mais n'a rien montré sur le troisième, alors que Van der Vaart lui a tenu compagnie dans le clan des boudeurs, prouvant face au Portugal qu'il méritait mieux qu'une place sur le banc. Enfin, Van Persie n’est pas franchement connu pour son humilité, tandis que Sneijder n’est jamais le dernier pour rabrouer ses coéquipiers en cas d’erreur.

Et le pire dans tout ça c’est qu’ils s’en rendent compte. "C'est très difficile pour nous dans ce groupe, car il y a tout simplement trop d'egos. Après la Coupe du Monde, ils sont même devenus encore plus gros. Ça rend les choses difficiles. Si on veut faire quelque chose ensemble, on doit mettre nos egos de côté, lâchait Robben, sur le site de la Fédération, avant d’affronter le Portugal. Quand on est en-dehors du onze de départ, on a le droit et on peut être en colère. C'est normal. Mais quand le match débute, il faut rester soudé avec l'équipe. Quand il y a des joueurs qui n'ont pas le bon esprit, c'est dérangeant. Il faut l'accepter, ou rentrer chez soi." Les joueurs ont, semble-t-il, choisi la deuxième solution...

Un Van Marwijk dépassé
A la tête des Pays-Bas depuis 2008, l’ancien coach de Feyenoord n’a jamais su remettre le navire dans le bon sens. "Je suis responsable de notre faillite dans ce tournoi", assume d’ailleurs le sélectionneur. Engoncé dans un système en 4-2-3-1, immuable chez les Oranje depuis 2006 et le passage de Marco Van Basten, le technicien n’a su apporter la touche de folie qui avait fait la force de son équipe il y a deux ans. A la récupération, Mark Van Bommel n’a plus les mêmes jambes, tandis que devant, chacun a voulu prendre le jeu à son compte, et le jeu est apparu trop brouillon. "On a perdu les automatismes mis en place depuis six ans", reconnaît Sneijder.

A la tête d’une équipe coupée en deux, le coach néerlandais n’a jamais eu le courage de sortir ses solistes, pour renforcer un peu son milieu, et protéger une défense en souffrance. Face au Portugal, cela a même tourné à la caricature. De Jong seul à la récupération, Van Marwijk avait décidé d’aligner Robben, Van Persie, Sneijder, Van der Vaart et Huntelaar ensemble. En fin de rencontre, avec l’entrée d’Afellay à la place de Willems, ils étaient même sept à se marcher sur les pieds devant. Un fonctionnement qui a donc trouvé ses limites, même si le sélectionneur, sous contrat jusqu’en 2016, ne compte pas démissionner. "Je suis déçu, je suis responsable mais ce n'est pas le moment de parler de mon avenir", conclut-il. D'autres le feront peut-être à sa place...

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