Petit manuel du parfait dopé

Tyler Hamilton explique les techniques de dopage de Lance Armstrong. (Reuters)

Dans son autobiographie qui vient de paraître, Tyler Hamilton explique dans les moindres détails les pratiques dopantes de Lance Armstrong durant sa carrière. L'Américain, ancien coéquipier du Texan, évoque les différentes méthodes utilisées pour améliorer les performances.         

Dans le viseur de l’agence antidopage américaine (USADA), qui a indiqué avoir réuni assez de preuve pour l’accuser de pratiques dopantes sur l’ensemble de sa carrière et lui retirer ses sept titres décrochés sur le Tour de France entre 1999 et 2005, Lance Armstrong doit également composer avec les témoignages de ses anciens coéquipiers. Après Floyd Landis, c’est au tour de Tyler Hamilton d’écrire sa propre autobiographie, parue ce mercredi, qui égratigne encore un peu plus l’image du septuple vainqueur du Tour de France. Dans ce livre intitulé La face cachée du Tour de France: Dopages, Couvertures et victoire à tout prix, l’Américain revient avec précision sur les méthodes employées par son leader pour se doper en toute impunité, plus particulièrement sur le Tour de France.

Des révélations certes tardives, mais riches d’enseignements. L’ancien coureur de l’US Postal (de 1995 à 2001) et de la CSC (2002, 2003), contrôlé positif à plusieurs reprises au cours de sa carrière (transfusion sanguine en 2004, DHEA, stéroïdes en 2009), comment son leader parvenait à se procurer et à utiliser des produits dopants en toute impunité sur la plus célèbre des courses. "On avait deux ans d’avance sur ce que faisait toutes les autres équipes en termes de dopage", explique ainsi Hamilton.

Quand Philippe livrait Edgar à moto

Dans un passage du livre publié dans les colonnes du Times, l’ancien lieutenant de L.A. explique le plan imaginé par son leader, digne, selon ses mots, d’un "agent secret", pour se fournir très facilement de l’EPO. "Nous étions debout dans la cuisine quand Lance nous a expliqué son plan: il paierait son jardinier et homme à tout faire, surnommé « Philippe », pour suivre le Tour sur sa moto, en portant un thermos plein d'EPO et un téléphone portable prépayé. Lorsque nous avions besoin d'Edgar (le nom de code choisit par Armstrong pour parler de l’EPO, en référence à l'auteur Edgar Allan Poe), Philippe aurait juste à se faufiler dans la caravane pour une livraison éclair. C’est simple, rapide. Il n’y a aucun risque. Pour être le plus discret possible, Philippe ne devait fournir que les grimpeurs, ceux qui en avaient le plus besoin et qui donneraient le meilleur retour sur investissement: Lance, Kevin Livingston et moi".

"A partir de ce moment-là, Philippe n’était plus Philippe le bricoleur. Avec Lance et Kevin, nous l’avions surnommé Motoman, poursuit Hamilton. Lance jubilait presque lorsqu’il a parlé de son plan. Il aimait ce genre de choses à la MacGyver. Les Français pouvaient nous fouiller toute la journée, ils ne trouveraient rien. D’ailleurs, nous étions sûrs que les autres équipes allaient bientôt avoir leur propre version de Motoman. Pourquoi ne l’auraient-ils pas? Lance était revenu d'un cancer, il ne voulait pas attendre que les choses lui tombent dessus, il voulait y arriver".

Quant aux contrôles, Armstrong, Hamilton et leurs coéquipiers n’étaient visiblement pas très inquiets. "Si vous étiez un peu attentifs et preniez vos précautions, vous pouviez vous doper et être sûr à 99% de ne pas être pris. Ils avaient leurs médecins, mais nous avions les nôtres, qui étaient meilleurs et, à coup sûr, beaucoup mieux payés". Des révélations chocs et précises, qui auraient le mérite d’être confirmées par une autre source pour être jugées plus fiables, mais qui en disent long sur le sentiment d’impunité du septuple vainqueur du Tour et de la bienveillance dont il a forcément dû bénéficier.