"Armstrong était protégé"

En 2005, Lance Armstrong aurait échappé à une perquisition sur le Tour. (Reuters)

En 2005, Lance Armstrong aurait échappé à une perquisition sur le Tour. (Reuters)

Les langues se délient depuis que Lance Armstrong a annoncé qu'il cessait de se battre contre l'USADA. Notamment celles de Michel Rieu, conseiller scientifique de l'Agence française de lutte contre le dopage (AFLD), et Thibault de Montbrial, avocat des auteurs de L.A. Confidentiel: Les secrets de Lance Armstrong. Pour eux, le coureur texan a été "protégé".

La chute de Lance Armstrong a pour conséquences de délier les langues. Pas celles des anciens champions, Eddy Merckx, Bernard Hinault et Laurent Jalabert en tête, mais plutôt celles de ceux qui, depuis longtemps, réclamaient la tête de l’Américain, certainement pas vainqueur de sept Tours de France entre 1999 et 2005 simplement à la pédale. Mais aujourd’hui, alors que le Texan s’est résigné à ne plus contester les accusations de l’agence antidopage américaine (USADA) qui a réuni des dizaines de témoignages accablants à son sujet, certaines révélations mettent en lumière un véritable système organisé par et pour Armstrong afin de déjouer durant sa carrière les contrôles antidopage. Pour faire taire ses détracteurs, L.A. a toujours répété qu’il n’avait jamais été contrôlé positif malgré des milliers de tests. Outre le coup d’avance que possèdent toujours les tricheurs sur ceux qui cherchent à les confondre, il se pourrait bien que l’Américain avait mis au point, avec son entourage, une véritable organisation pour se protéger des contrôleurs.

Dans une interview accordée au Monde.fr, Michel Rieu, conseiller scientifique de l'Agence française de lutte contre le dopage (AFLD), évoque les difficultés rencontrées à l’époque pour contrôler l’Américain. "Les préleveurs ont éprouvé des difficultés à effectuer des contrôles inopinés sans que Lance Armstrong puisse bénéficier d'un délai de vingt minutes. Il a été prévenu avant tous les contrôles. Je repense à un prélèvement inopiné alors qu'il s'entraînait dans le sud de la France lors de son retour sur le Tour en 2009. Son entourage avait accumulé prétextes et palabres pour obtenir ce fameux délai, déclare-t-il avant de dévoiler les techniques utilisées par le Texan pour fausser les résultats. En vingt minutes, beaucoup de manipulations sont possibles. Il effectuait des perfusions de sérum physiologique pour diluer son sang. Il remplaçait sa propre urine par une urine artificielle. Il s'administrait l'EPO par petites doses. La substance était indécelable."

"Lance Armstrong était bel et bien protégé en France"

Un témoignage qui pose une question : si certains le savaient, pourquoi ce système a-t-il pu perdurer à travers les années ? "L'UCI (Union cycliste internationale) et parmi l'organisation du Tour, Amaury Sport Organisation (ASO), deux camps s'opposaient. Certains avaient peur qu'un scandale entraîne une remise en cause du passé. Ils ont préféré passer outre et ne voulaient pas abîmer l'image du sport. D'autres souhaitaient crever l'abcès et se débarrasser de l'influence d'Armstrong." Les adeptes du silence ont visiblement eu le dernier mot, jusqu’à ce que de nombreux anciens coéquipiers du Texan (Landis, Hamilton, Hincapie…) décident enfin de parler ces derniers mois dans le cadre d’une enquête fédérale. On peut aussi comprendre pourquoi d’anciennes gloires du cyclisme, protégées par ce système, apportent aujourd’hui leur soutien à un coureur qui a fait tant pour la popularité de leur sport, peu importe les artifices.

Dans un autre entretien, celui-ci publié dans les colonnes du Journal du Dimanche, Thibault de Montbrial, l’avocat ayant défendu David Walsh et Pierre Ballester, les auteurs de L. A. confidential : les secrets de Lance Armstrong, révèle comment, lors de sa dernière victoire sur la Grande Boucle, l’Américain a échappé de peu à une descente de police là où son équipe résidait. "Je sais que lors du Tour de France de 2005, à la deuxième étape de repos, à Pau, l'équipe US Postal a été à deux doigts d'écoper d'une perquisition à son hôtel, confie l'avocat. Un service d'enquête français est venu de Paris pour opérer une descente. Mais je sais de très bonne source que vers 17 heures, alors qu'ils étaient devant l'hôtel, les enquêteurs ont reçu un feu rouge." De qui ? "Je ne sais pas qui a donné cet ordre... Mais je sais que les enquêteurs étaient furieux de devoir rebrousser chemin. A l'évidence, Lance Armstrong était bel et bien protégé en France."

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