Armstrong, et maintenant ?

Ullrich, Armstrong et Vinokourov sur le podium du Tour de France 2003. (Reuters)

Ullrich, Armstrong et Vinokourov sur le podium du Tour de France 2003. (Reuters)

On y est. Lance Armstrong va très probablement se voir retirer ses sept titres décrochés sur le Tour de France. Cette annonce n’a pas manqué de faire réagir dans le milieu du cyclisme, entre satisfaction, abattement et remise en cause du système antidopage. Pour beaucoup, la sanction arrive bien trop tard. Et voir des Jan Ullrich ou Ivan Basso récupérer les lauriers de l’Américain n’enchante pas grand-monde.

D’abord, l’abattement, voire l’agacement. Que ce soit clair, la plupart des coureurs actuels en ont marre de voir que leur sport, onze mois de l’année sur douze, ne fait les gros titres que lorsque revient le mot "dopage", comme c’est encore le cas ce vendredi avec l’épilogue de l’affaire Armstrong. "Quelle crédibilité pour notre sport maintenant ? On est les seuls à faire de vrais contrôles antidopages…", s’interroge ainsi le jeune Warren Barguil sur Twitter. Pour beaucoup, sanctionner l’Américain à ce stade de sa carrière, plus de 10 ans après sa première victoire dans le Tour de France, c’est tout simplement trop tard. "Armstrong va perdre ses sept titres du Tour de France.Qu'est-ce que cela change? Casser le cyclisme, encore", déplore ainsi Samuel Dumoulin.

Sur le réseau social gazouillant, les réactions sont assez diverses. Il y a ceux qui se réjouissent, comme Jimmy Engoulvent : "Moi je suis bien heureux de cette fin. Si ça peut faire réfléchir ceux qui se sentent intouchable, comme L.A. l'était." Ceux qui refusent de perdre espoir, comme Philippe Raimbaud, le directeur du développement de Saur-Sojasun : "Les contrôles ne cessent de s'affiner, le passeport biologique n'existait pas à l'époque. Et on conserve les échantillons... Rien ne peut se faire sans une étroite collaboration entre science, justice et police, comme aujourd'hui même si c'est long." Et enfin il y a ceux, nombreux, qui constatent l’inefficacité des contrôles antidopage. 500 contrôles, tous négatifs, aimait clamer Armstrong jusqu’à aujourd’hui.

" Les 2ème déclarés vainqueurs sont mieux ?"

Le Dr. Mondenard, spécialiste du dopage, et qui nous confiait en 2009 avoir la certitude qu’Armstrong était un tricheur, estime que la lutte antidopage est une "imposture". "On nous annonce fièrement que pendant le Tour de France 2012, il n’y a eu qu’un contrôle positif et que tout va bien. Mais non ! C’est l’arbre qui cache la grande forêt, a-t-il déclaré sur BFM TV vendredi matin. La meilleure arme contre le dopage, ce sont les gendarmes… La lutte anti-dopage attrape de temps en temps un individu parce qu’il n’a pas respecté les règles d’élimination suffisante." Le Dr. Mondenard estime par ailleurs que réattribuer les Tours de France à d’autres coureurs serait injuste. "Comment lui retirer ses sept titres alors que tous les vainqueurs entre 1947 et 2010 ont tous eu affaire au dopage ? Il faudrait donner les victoires aux deuxièmes dont la certitude qu’ils n’ont pas enfreint la règle du dopage est nulle ?"

Le pistard François Pervis partage cet avis. "Quelle mascarade cette affaire Armstrong ! Les 2ème déclarés vainqueurs sont mieux ?" Il est vrai que jeter un coup d’œil au palmarès des années Armstrong fait froid dans le dos. Alex Zülle, Jan Ulrich, Joseba Beloki, Andreas Klöden et Ivan Basso… Trois de ces dauphins du Texan ont également été suspendus pour dopage. Le Tour de France 2000 est le plus édifiant. Si l’on écarte Armstrong, mais aussi Ullrich, Beloki, Botero et Mancebo, mouillés dans la grande affaire Puerto, mais également les Français Christophe Moreau et Richard Virenque, pris dans l’affaire Festina, on arrive à Fernando Escartin, 8e sur les Champs-Elysées, lequel fréquentait comme Armstrong le sulfureux Dr. Michele Ferrari... Que faire, alors ? Que l’UCI décide de laisser sept lignes vierges sur le palmarès du Tour de France serait un signe très fort. Et pourquoi pas, sinon, s’inspirer de Warren Barguil et "se dire que tout ça c'est du passé, maintenant place à la nouvelle génération qui tourne à l’eau." Et le jeune coureur français de citer le nom d’un autre grand espoir du cyclisme tricolore, Thibaut Pinot.

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