Du beau spectacle

Alberto Contador, Alejandro Valverde et Joaquim Rodriguez ont assuré le spectacle. (Reuters)

Le Tour d'Espagne 2012 a été riche en rebondissements tout au long des trois semaines de course. Alberto Contador, vainqueur devant Alejandro Valverde et Joaquim Rodriguez, a remporté l'une des plus belles éditions de ces dernières années. Un scénario à méditer pour les organisateurs du Tour de France.

Le dernier Tour de France, cadenassé par l’équipe Sky, avait parfois atteint les limites de l’ennui. Le Tour d’Espagne, achevé dimanche par la victoire en forme de résurrection d’Alberto Contador, a lui enflammé les foules durant trois semaines. Animée tous les jours, la Vuelta a offert une véritable passe d’armes entre Contador, Joaquim Rodriguez et Alejandro Valverde. Loin, très loin, de la mainmise de Bradley Wiggins sur la Grande Boucle. Dimanche, le quotidien As n’hésitait pas à parler de la plus grande édition de tous les temps. Une véritable victoire pour les organisateurs qui ont su redonner ses lettres de noblesse à une course qui souffrait de plus en plus médiatiquement de l’ombre du Tour, voire du Giro.

Cette année, tout avait été imaginé pour que le spectacle soit au rendez-vous. Des cols en veux-tu en voilà, dix arrivées au sommet, dont certaines inédites comme sur l’étroit chemin rocailleux du Cuitu Negru et ses pentes inhumaines. Encore fallait-il que les acteurs fassent la course. Ce qui fut le cas, grâce aux tempéraments offensifs du trio espagnol qui n’a pas mis plus d’une semaine et demie pour mettre fin aux velléités venues de l’extérieur de Christopher Froome et Robert Gesink. "Ce fut une Vuelta spectaculaire, reconnait Valverde, qui a réussi à chiper les maillots vert et blanc, ceux des classements par points et du combiné, à Rodriguez à l’issue de la dernière étape. La foule était immense et c'était un plaisir pour nous tous. La lutte entre nous trois a été fantastique, et les adversaires auxquels j'ai dû faire face, dont le meilleur coureur du monde sur les grands Tours et quelqu'un qui a déjà failli remporter le Giro cette année, rendent cette deuxième place encore plus importante."

Rodriguez, beau perdant

Le coureur Movistar, de retour de suspension pour dopage depuis le début de l’année, a néanmoins souvent laissé la vedette à Contador et Rodriguez, sans contestation possible les deux hommes forts de ce Tour d’Espagne. Et s’il n’a fini que sur la troisième marche du podium, "Purito" ne le doit qu’à un jour sans, sur la route de Fuente Dé, à quatre jours du dénouement. Piégé par une attaque de loin de Contador, le Catalan a une nouvelle fois perdu toutes ses illusions en troisième semaine, comme lors du Tour d’Italie en mai où Ryder Hesjedal lui avait soufflé la victoire pour 16 secondes. Cette fois-ci, malgré trois victoires d’étape et 13 journées passées en rouge, le puncheur de Katusha, imbattable dans les forts pourcentages, a dû se contenter de la troisième place. Il aurait pu finir la Vuelta avec trois maillots distinctifs sur le dos et inscrire pour la première fois son nom au palmarès d’un grand Tour, au lieu de cela Rodriguez reste jusqu’à présent un beau perdant.  

Son tempérament a donc dynamité la course, tout comme les incessantes attaques de Contador – près de 25 répertoriées. Le "Pistolero", autorisé à recourir depuis début août, a vite retrouvé ses jambes de feu, même s’il a paru parfois fragile, comme sur les rampes de la Bola del mundo, dans la banlieue de Madrid, qu’il connait pourtant parfaitement. Pour lui aussi, cette édition 2012 restera dans les mémoires. "Ça a été une Vuelta sauvage et imprévisible et je pense que c'est l'une des plus grandes courses de ces dernières années", confie-t-il dans la presse. Pour couronner le tout, vu d’Espagne, le podium final a été squatté par trois coureurs du pays. Deux d’entre eux ont été suspendus pour dopage mais ce n’est pas une raison valable, de l’autre côté des Pyrénées - pour les spectateurs comme pour les journalistes -, pour bouder son plaisir. Au pays où Contador est roi, le spectacle passe avant tout.