Sky, ça fait jaser…

Le Team Sky n'a pas que des amis dans le peloton. (Reuters)

Le Team Sky n'a pas que des amis dans le peloton. (Reuters)

Le calme après la tempête. Le peloton de la Vuelta s’est offert une journée tranquille lors de la 5e étape, remportée mercredi au sprint par John Degenkolb (Argos-Shimano). Il faut dire que l’étape de la veille avait été animée. Et que le choix du Team Sky de ne pas ralentir l’allure après la chute du leader d’alors, Alejandro Valverde, a beaucoup fait parler.

Mardi après-midi, après l’arrivée à Valdezcaray, Alejandro Valverde était aussi rouge, de colère, que son maillot. En cause, l’attitude du Team Sky, qui a accéléré l’allure du peloton alors que le leader du classement général (Valverde, donc) était à terre après une chute provoquée par l’un des coureurs de la formation britannique. "Sky a lancé une bordure et ce n’est pas ça qui est contestable, explique le coureur de la Movistar, cité par L’Equipe. Je leur reproche simplement d’avoir mal manœuvré en créant une vague dans le peloton et en provoquant cette chute. Ensuite, ils n’ont même pas eu les couilles d’attendre. Ils nous ont vus tomber. Ils se croient seuls dans le peloton. C’est ça des champions ?" La question mérite d’être posée. Car encore une fois, comme lors des derniers Jeux Olympiques, le fair-play à géométrie variable des Britanniques est dénoncé.

Il existe (ou existait) une règle tacite dans les pelotons qui interdisait à toute équipe de profiter des malheurs (chute ou crevaison) du leader de la course. On se souvient ainsi de l’attitude de Jan Ullrich, attendant Lance Armstrong après sa chute au pied de Luz-Ardiden en 2003. A-t-elle encore cours ou pas, that is question, mais le Team Sky a visiblement fait son choix. Débarquée dans le World Tour en 2009 avec le soutien financier du groupe BSkyB (qui appartient au magnat financier Rupert Murdoch), la formation dirigée par Dave Brailsford ambitionnait de moderniser le cyclisme avec des méthodes issues de la piste. Pas étonnant qu’elle ne s’encombre guère de ce genre de traditions "vieille école", et qu’elle estime ne rien avoir à se reprocher. "Il n’y a pas de coupable à chercher" sur l’incident de mardi, s’est défendu Juan Antonio Flecha, le coureur (du Team Sky) qui aurait vraisemblablement provoqué la chute.

"Il y a toujours deux versions de l’histoire"

Ce qui est plus gênant, en revanche, c’est l’hypocrisie que l’on retrouve dans les propos de certains membres du Team Sky. Ainsi, sur le Tour de France, Bradley Wiggins et Christopher Froome étaient parmi les coureurs les plus critiques à l’encontre de Pierre Rolland quand celui-ci avait attaqué dans le Mur de Péguère alors que des clous jetés sur la chaussée avaient provoqué une cinquantaine de crevaisons dans le peloton. Rappelons que le coureur d’Europcar s’était relevé par la suite, ce qui n’est pas le cas des Sky mardi. Et la façon dont s’en justifie Marcus Ljungqvist, le directeur sportif de la formation britannique, est pour le moins… étonnante. "Soyons clair, nous ne sommes pas le genre d’équipe à essayer de profiter des malheurs des autres, assure le Suédois. Il y a toujours deux versions de l’histoire."

Les voici. Celle des Sky: "Nous ne savions pas que Valverde avait chuté, et le temps que nous l’apprenions nous avions 50 secondes d’avance, et il fallait continuer à rouler derrière l’échappée avant la dernière ascension." Celle d’Eusebio Unzue, le manager de la Movistar: "Tout le monde a vu le leader tomber et six coureurs de son équipe. Il n'y avait rien en jeu puisque la victoire d'étape était promise aux fuyards. Je ne vais pas me plaindre car tout le monde fait ce qu'il veut, mais j'ai été très déçu de constater que cela n'a pas été considéré comme une raison suffisante pour être 'sportif'." Unzue aurait sans doute préféré que la Sky imite la Katusha de Joaquim Rodriguez qui a coupé son effort, ou qu’un coureur intervienne pour ralentir l’allure du peloton, comme aurait pu le faire un Fabian Cancellara.

Alberto Contador aurait pu être ce coureur. Mais le Pistolero n’a pas bougé et son équipe n’a d’ailleurs pas roulé. Au moins, Contador est cohérent. Il n’avait pas attendu Andy Schleck quand le Luxembourgeois a déraillé dans le Port de Balès en 2010, et il s’était tu lorsque personne ne l’avait attendu malgré ses multiples chutes sur le Tour 2011. Désormais, il semblerait plus que la règle en cas d’incident de course soit: "Chacun fait ce qu’il veut." Et surtout le Team Sky.

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