La piste en plein chantier

David Lappartient, le président de la FFC, se réjouit de l'arrivée du Vélodrome de Saint-Quentin.

David Lappartient, le président de la FFC, se réjouit de l'arrivée du Vélodrome de Saint-Quentin.

Mardi, en préambule de la Soirée des champions, la FFC organisait la visite du chantier du vélodrome de Saint-Quentin-en-Yvelines (livraison prévue fin 2013). Après des Jeux Olympiques décevants, la piste française est à un tournant de son histoire. Ce nouvel outil de performance n'est que la première pierre du plan de relance d'une discipline qui manque de moyens. Et, surtout, d'entraîneurs. 

"Mieux vaut tard que jamais." En visite sur le chantier du Vélodrome de Saint-Quentin-en-Yvelines, Grégory Baugé imagine déjà à quoi ressemblera le futur outil des pistards français, dès décembre 2013. "Cela fait longtemps que l’on attendait un Vélodrome dans la région", note le double médaillé d’argent de Londres, qui n’oublie pas qu’à l’origine le projet était dans les cartons du CNOSF pour la candidature française aux Jeux Olympiques. "C’est la trace de Paris 2012, se réjouit David Lappartient, le président de la FFC. Un vrai réseau de vélodromes est en train de se créer en France. Cela fait des années qu’on attend ça, on veut vraiment donner les moyens à nos coureurs de performer. Ce n’est pas qu’un projet olympique de circonstance, mais un vrai aménagement sportif. Meilleur que celui des Anglais."

Avec Saint-Quentin-en-Yvelines, la FFC tient son Clairefontaine, son Marcoussis. "Et même un peu plus, renchérit Lappartient. Ce sera un vrai centre national du cyclisme, avec le siège de la Fédération." Le complexe disposera notamment d’un centre d’hébergement pour les athlètes et leur encadrement, d’une piste de BMX couverte (unique en Europe) et bien sûr d’une piste de huit mètres de large, et de 250 mètres de long. Cela changera de l’Insep, et de sa piste de 160 mètres. "C’était une contrainte de ne pas avoir de vraie piste pour s’entraîner", avoue Baugé. "Les premières actions se mettent en place, c’est bien", ajoute le multiple champion du monde, qui n’a eu de cesse de déplorer les conditions d’entraînements des pistards français, par rapport à leurs rivaux britanniques.

Les Mondiaux en 2016 ?

Le vélodrome doit être la première pierre de la reconstruction de la piste française, qui, on l’a constaté à Londres, semble avoir une décennie de retard sur la Grande-Bretagne. "Il n’y a pas que la question des vélodromes, il y a d’autres paramètres, explique la DTN, Isabelle Gautheron, sur le départ (voir encadré). On a fait un débriefing après Londres. J’ai parlé avec le responsable de la soufflerie de Saint-Cyr. La technique, et la technologie, il faut vraiment que l’on se repenche sur ça. Comme revoir certains procédés d’entraînement. Et faire aussi de la détection pour les prochaines olympiades, 2020 et 2024. Je vais voir avec les entraîneurs comment on va procéder. On a de bons jeunes, mais il ne faut qu’on oublie que les années futures se préparent maintenant. Un outil comme Saint-Quentin, ça va être un plus."

"On a envie de voir éclore ici le nouveau Grégory Baugé", ajoute David Lappartient. Le président de la FFC estime que pour être performant, le cyclisme français a besoin de trois éléments: des athlètes, des infrastructures, et des moyens financiers. "Sur ce dernier point, c’est à nous, dirigeants, d’œuvrer." Avec la baisse annoncée de 5% de l’enveloppe allouée par le gouvernement au ministère des Sports, c’est 400 000 euros qui pourraient s’envoler pour la FFC. "Le sport de haut niveau est sacrifié, déplore Lappartient. A nous de chercher des partenaires privés. C’est l’objectif." Le complexe de Saint-Quentin-en Yvelines est pensé pour être un argument de "vente". Il est amené à accueillir de grands événements sportifs, comme les championnats de France en 2014, et pourquoi pas les Mondiaux à partir de 2016, ou les Jeux Olympiques en 2024.

S.O.S. entraîneurs 

Mais sportivement, le problème le plus urgent à résoudre est celui de la pénurie d’entraîneurs. Avec le départ de Benoît Vêtu, le pôle d’Hyères est en déliquescence, et le cri d’alarme lancé par Kevin Sireau est saisissant. "Depuis 1986, il n’y a que six professeurs de sport spécialisés cyclisme sur piste qui ont été formés, constate Isabelle Gautheron. Il y en a trois qui n’exercent pas ce métier. Les trois restants sont Benoît Vêtu (qui a quitté Hyères pour la Russie, ndlr), Florian Rousseau et Franck Duriveau. Il va falloir qu’on se penche sur cette formation. Ça va prendre du temps, c’est compliqué. Les entraîneurs doivent réussir un concours d’état. On ne maîtrise jamais le résultat d’un concours. Parfois, ils sont 4-5 sur un poste, et ce n’est pas celui qu’on voudrait qui remporte le poste."

Difficile, faute d’entraîneurs suffisamment nombreux, d’imaginer une équipe performante à long terme. "A Rio, on va faire comme les années précédentes, c’est-à-dire essayer de sauver les meubles", estime Sireau, dont le point de vue est partagé par la DTN. "En 2016, on va avoir des bons résultats grâce à l’équipe d’aujourd’hui, qui est performante. Pour 2020, on peut avoir des inquiétudes. Si on ne réagit pas maintenant, il nous sera impossible de rivaliser avec les Anglais, les Australiens et les Allemands, qui reviennent très fort."

Le Sport sur votre mobile
DTN: Gautheron sur le départ

Isabelle Gautheron, directrice technique nationale (DTN) de la Fédération française de cyclisme (FFC) quittera son poste à l'issue de son contrat, en avril prochain. "J'ai annoncé ma décision au président (David Lappartient) jeudi dernier et ce pour des raisons purement personnelles",a-t-elle annoncé à Reuters, avant de reconnaître être freinée dans l'exercice de sa fonction. "Il y a une très grosse culture à la fédération qui fait que lorsque l'on veut instaurer des changements, c'est très difficile." L'ancienne cycliste sur piste, âgée de 48 ans, fut six fois champion de France de vitesse et médaillée de bronze aux championnats du monde de la spécialité en 1989, un an après avoir échoué au pied du podium olympique à Séoul. Isabelle Gautheron a estimé qu'il n'était pas encore l'heure d'évoquer ces "freins", disant seulement : "Ce métier demande beaucoup d'énergie et d'investissement".