Tour de France
Le 05/10/2009 à 13:58 Par SYLVAIN LABBE
De Sports.fr
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Astana était gâtée sur le Tour

Un rapport de l'Agence française de lutte contre le dopage (AFLD), dont des extraits sont révélés par Le Monde, tend à prouver que l'équipe Astana d'Alberto Contador et de Lance Armstrong, respectivement vainqueur et troisième de la dernière Grande Boucle, aurait bénéficié tout au long de la course des largesses de l'Union cycliste internationale (UCI) à l'occasion des contrôles opérés sur les coureurs de l'équipe kazakhe. Edifiant.

Contador, Armstrong et Astana bénéficiaires d'un programme à la carte en matière de contrôles sur le Tour 2009. (Reuters) Contador, Armstrong et Astana bénéficiaires d'un programme à la carte en matière de contrôles sur le Tour 2009. (Reuters)
"De notre point de vue, le Tour est une épreuve importante et nous ferons tout pour protéger ses intérêts. Cette collaboration souligne notre volonté commune d'un sport propre." Le 11 juin dernier, Pat McQuaid, le président de l'Union cycliste internationale (UCI), n'était pas peu fier de l'accord de partenariat trouvé avec l'un de ses ennemis les plus coriaces jusqu'à ce jour, l'Agence française de lutte contre le dopage (AFLD), souveraine en 2008 sur les contrôles du Tour, qui acceptait enfin de marcher main dans la main avec l'UCI pour assumer de concert cette politique si sensible sur le Tour de France 2009 (voir: UCI et AFLD main dans la main).

La Grande Boucle, une nouvelle fois, est passée, écrasée par le phénomène médiatique Armstrong, capable de rejeter dans l'ombre la victoire d'Albert Contador, mais déjà quelques signes inquiétants avaient pu éveiller les soupçons. Comme ce rappel à l'ordre, en plein Tour, de la Ministre Roselyne Bachelot à l'intention de McQuaid et de ses services regrettant l'épisode d'un contrôle inopiné effectué en début de course auprès de l'équipe... Astana, au cours duquel les inspecteurs de l'UCI auraient fait preuve d'une légèreté coupable en ne suivant pas les coureurs à la culotte lors de la procédure, comme le règlement le leur impose (voir: Si faible UCI...). Et puis ce constat encore plus inquiétant, ce zéro cas de dopage révélé par une UCI trop fière d'elle pour être honnête à l'issue de cette édition censée marquée un énième nouveau départ dans la lutte contre le fléau du dopage...

Protocole à la carte pour Armstrong et ses boys

Quatre mois plus tard et le constat que dresse l'AFLD dans un rapport, qui fait le bilan sur le déroulement des contrôles lors de ce Tour, ne peut que faire regretter à Pierre Bordry la confiance qu'il avait accordée à McQuaid et aux instances internationales et avec le renoncement de sa souverainté en matière de contrôles. "L'équipe Astana a bénéficié d'un traitement privilégié de la part des officiels de l'UCI." Voilà résumé en une phrase la conclusion de ce document de dix pages accablant, établi grâce aux journaux de bord des deux médecins missionnés par l'AFLD pour procéder aux prélèvements urinaires et sanguins durant la course. Dix pages qui détaillent comment l'UCI a permis à l'équipe du futur vainqueur, Alberto Contador, et du troisième, Lance Armstrong de bénéficier d'un véritable programme à la carte au niveau des contrôles. Le fait du Roi, une fois encore.

Entre délais pour se présenter devant les médecins préleveurs, absences d'escorte de l'AFLD auprès des inspecteurs de l'UCI, en charge des contrôles, ou encore dispense de localisation pour Astana lors de la préparation d'avant Tour..., on se pince pour croire ce qu'on lit au sujet d'une course taillée dans ces conditions sur mesure pour l'équipe kazakhe. Ainsi, le 11 juillet au matin, au départ de l'étape pyrénéenne, Andorre-la-Vieille-Saint-Girons, dans l'hôtel d'Astana, les médecins de l'AFLD ne peuvent que constater qu'à la suite de l'arrivée des inspecteurs de l'UCI, l'obligation faite aux coureurs de se présenter immédiatement afin de procéder aux prélèvements n'est pas respectée. Inspecteurs UCI, qui refusent d'être accompagnés qui plus est par les escortes de l'AFLD, pourtant obligatoires pour éviter que les coureurs ne se livrent à une quelconque manipulation entre le moment où leur contrôle leur a été notifié et le prélèvement. Les représentants de l'AFLD vont jusqu'à constater des délais de 45 minutes gracieusement offerts à Armstrong et ses coéquipiers. "Une telle tolérance accordée sans véritable justification (...) ne permet pas, en l'absence d'escortes, de s'assurer de la parfaite régularité de la procédure, notamment qu'aucune manipulation n'est effectuée", ne peut que conclure le rapport.

Des largesses et de la légèreté...

Des coureurs avertis même avant le départ de l'étape de leur désignation pour les contrôles... (Reuters) Des coureurs avertis même avant le départ de l'étape de leur désignation pour les contrôles... (Reuters)
Des largesses qui ont débuté avant même que ne s'élance le peloton sur les routes de l'Hexagone puisque l'AFLD, dénonçant "une rétention d'informations", pointe également du doigt la capacité de l'UCI a certes lui transmettre, lors de la période d'avant Tour, toutes les données nécessaires à la localisation des équipes engagées, à l'exception... d'Astana ! De la légèreté quand sa majesté Armstrong est autorisée à se laisser photographier sans autorisation pendant un contrôle dans sa chambre d'hôtel, "au risque d'invalider la procédure."

On devine déjà l'Américain en train d'ironiser sur l'acharnement de l'Agence à son égard. Mais cette dernière ne se contente pas de dénoncer le protocole sur mesure offert à Astana par l'UCI. L'incurie dernière s'est étendue à l'ensemble du peloton notamment en matière de confidentialité des contrôles effectués dans les hôtels des équipes avant ou après les étapes. "Il n'est en effet pas très professionnel d'échanger à [très] haute voix sur ces sujets dans une salle de restauration, où sont présents des coureurs, notamment la veille d'un contrôle comme ce fut le cas à Barcelone le 7 juillet au soir."

L'UCI ne fournit pas les glacières

Et que dire encore de la publication, 30 minutes avant que ne soit jugée l'arrivée, des noms des coureurs désignés pour les contrôles, que les heureux élus, ayant eu le temps d'être avertis par leurs directeurs sportifs, via les fameuses oreillettes - dont on comprend à quel point certains refusent de les voir disparaître - ont dès lors tout le loisir de déjouer grâce à des "manipulations sur les paramètres des échantillons devant être prélevés." A l'occasion du contre-la-montre par équipes du 7 juillet, à Montpellier, un concurrent aurait même été prévenu avant son départ ! L'incurie vire carrément à l'amateurisme quand on apprend que l'UCI n'avait pas cru bon de fournir aux médecins de l'AFLD de... glacière afin de permettre la conservation à 4° des échantillons urinaires et sanguins, qui parfois ont patienté dans le coffre de véhicules garés sur un parking en plein soleil avant de pouvoir rejoindre le laboratoire, le rapport citant même les échantillons de l'équipe Milram du 12 juillet, dont il ne faut de toute évidence pas attendre grand-chose. "Un manquement aux règles de bonne conservation des échantillons, qui auront, à n'en pas douter, pour conséquence de rendre difficile des analyses en raison de leur détérioration", ne peut que constater l'AFLD.

On atteint enfin le summum de la supercherie quand on apprend que l'UCI n'a pas hésité à qualifier de "contrôles hors compétition" les prélèvements effectués avant ou après les étapes, dans les hôtels. Un tour de passe-passe "lourd de conséquence", comme le souligne le rapport de l'AFLD, puisque la liste des produits interdits "hors compétition" n'est évidemment pas aussi étendue que celle des substances prohibées "en compétition". Une incroyable impasse, de fait, sur les corticoïdes et autres stimulants ou comment l'UCI d'un McQuaid, depuis réélu dans un fauteuil, a offert l'impunité aux tricheurs. Une sorte de double peine pour le Tour.

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