Inocencio: "Pas un remerciement"

Damien Inocencio n'est plus l'entraîneur de Renaud Lavillenie (Reuters)

Damien Inocencio n'est plus l'entraîneur de Renaud Lavillenie (Reuters)

Damien Inocencio et Renaud Lavillenie, c'est fini. Et l'entraîneur du champion olympique ne mâche pas ses mots. Alors que la Fédération s'apprêtait à revoir à la hausse la situation de ce coach toujours resté bénévole, la donne risque de changer. Inocencio évoque aussi son amitié avec son successeur Philippe d'Encausse, qui en prend un coup au vu de la tournure des événements.

Damien, confirmez-vous que Renaud Lavillenie a décidé de ne plus s’entraîner avec vous ?
Je ne peux que confirmer. Il est rentré de vacances, et tout se passait normalement au début. On a parlé de ceci, cela, de petites choses qu’il fallait faire. Et mercredi, il m’a dit qu’il fallait qu’on se voie un petit quart d’heure. On a pris rendez-vous, et ça a duré un peu plus longtemps, parce que j’ai donné mes arguments.

Qu’est-ce qui a motivé sa décision ?
Je le sais, mais j’attends de voir sa version officielle pour voir comment il va justifier ça. Je n’ai jamais demandé d’argent, donc ce n’est pas une question d’argent. Et ce n’est pas une question de bilan non plus, puisqu’il a tout gagné. Il a la possibilité de battre le record du monde, il a décidé d’aller le faire avec quelqu’un d’autre.

Vous a-t-il également annoncé l’identité de son nouveau coach lors de votre entrevue ?
Oui, et ça m’a fait plaisir ! Philippe d’Encausse est quand même mon ancien coach, patron du pôle France, et ça fait 10 ans que je fais du bénévolat pour eux. En fait, lui est payé pour que je travaille. Et à la fin, il me la fait comme ça… Donc ça fait plaisir, surtout que ça fait un moment que je le vois, et quasiment tous les jours. Il ne m’a rien dit. Ça me touche, cette amitié…

Vous disiez déjà après les championnats d’Europe que vous n’aviez jamais été payé pour votre travail…
Les gains sont à 100% pour lui, ou pour son manager. Pas pour moi en tout cas, et je n’ai jamais eu cette exigence. Je me suis dit qu’un petit cadeau n’aurait pas fait de mal, lui non… Ce n’est pas grave, c’est son caractère. Je tairai mon point de vue là-dessus. Ce que j’apprécie énormément de sa part, c’est que ça s’est passé mercredi alors que la négociation entre la Fédération et le Conseil général avait lieu deux jours plus tard.

De quoi s’agit-il ?
Les deux présidents se sont vus vendredi. Je ne peux pas dire ce qu’il en est ressorti, c’était pour négocier à nouveau ma mise à disposition, mon avenir. Vu qu’en France, l’entraîneur n’est rien du tout sans l’athlète, je vais voir à quelle sauce je vais me faire manger…

Cette réunion allait-elle être plutôt positive pour vous ?
La Fédération avait pris des engagements très positifs envers moi  après les Jeux Olympiques. Je ne sais pas si elle va rester dans les clous, si elle va revoir à la baisse ou si ça va s’annuler. Je me retrouve le bec dans l’eau.

Ça ressemble à un coup de poignard dans le dos…
C’est un peu ce que je lui ai dit. Il y avait ces mots, et il y en avait d’autres.

"Pas un remerciement"

Quelle a été sa réaction ?
Pour lui, tout est normal. Il a décidé de changer d’entraîneur, il n’y a aucun problème.

Le sentiment qui prédomine chez vous est-il celui de la déception ?
Je me faisais peu d’illusions sur la nature humaine, je m’en fais encore moins. J’avais appelé Maurice Houvion avant la finale des Jeux pour discuter, car la perche est une grande famille et je lui dois beaucoup. Il m’avait dit: "S’il gagne, ce sera fantastique, ça va changer ta vie." Et effectivement, ça change ma vision de la vie ! Je sens qu’elle prend une autre tournure.

Quel avenir pour vous ?
Tout dépend de ce qui sera proposé. Il y a trois avenirs possibles. Je peux avoir une proposition décente pour quelqu’un qui a les connaissances pour faire sauter un champion olympique. Dans ce cas-là, je trouverai un terrain d’entente avec la Fédération. Si on ne me propose rien d’intéressant, l’entraîneur de ce champion olympique sera agent d’accueil au Conseil fédéral. Et je chercherai un boulot dans un autre pays.

Et pour Renaud Lavillenie, quelle suite imaginez-vous ?
Ça ne me regarde plus. Pendant quatre ans, j’ai vécu pour qu’il soit au mieux, pour qu’il saute le plus haut possible. Il avait la possibilité de faire le record du monde à Bercy, donc en termes de performance, je pense qu’il peut le battre. Les athlètes sont orgueilleux, donc à partir du moment où il a changé de coach, il va vouloir montrer qu’il a eu raison. Il peut faire le record du monde, mais en tout cas, ce ne sera pas avec moi.

Valentin, son petit frère, reste-t-il malgré tout avec vous ?
Non, je lui ai montré la sortie. C’est son grand frère qui m’avait demandé de le prendre dans le groupe, donc je considère que l’un ne va pas sans l’autre. Quand le ver est dans le fruit, mieux vaut virer tous les vers.

Quel est le souvenir le plus marquant que vous garderez de votre collaboration ?
Le moment où il s’est barré ! De toute façon, j’ai autant de bons souvenirs avec lui depuis 10 ans qu’avec les petits jeunes que j’ai formés et amenés en équipe de France. Là, je vois plus ses défauts que les bonnes choses passées avec lui. Je n’ai pas une vision objective des choses, et je ne vois même pas pourquoi je trouverais quelque chose de positif chez lui.

En gros, les Jeux sont encore tout près mais déjà bien loin pour vous…
Oui. Et de toute façon, j’ai simplement eu le droit à une poignée de main. Et pas un remerciement.